« Femmes et VIH, 1997-2007, où en sommes-nous 10 ans après ? » - Prévention et réduction des risques

les 30 novembre et 1er décembre 2007
dimanche 30 mai 2010
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Cet atelier a été animé par Hélène Freundlich, Stéphanie Diakité et Lisa Tichané.

Stéphanie D.

Voilà plusieurs années que des politiques et des organisations luttent afin de réduire le nombre de personnes contaminées par le VIH/sida. Aujourd’hui, personne ne peut affirmer qu’elle n’a jamais entendu parler de cette maladie, ni comment se protéger contre elle ; pourtant le taux de nouvelles contaminations reste encore important. Pourquoi ? Que faire pour réduire réellement les risques ? Quels sont les enjeux ?

Hier, nous avons entendu des chiffres toute la journée. Cependant, cela nous interpelle-t-il, réellement ? Ces chiffres peuvent m’interpeller. En tant qu’animatrice de prévention, je vais me demander si j’ai fait mon travail, si j’ai pu changer des choses, je vais réfléchir et essayer de faire une évaluation de ce que j’ai fait. Je vais me demander ensuite où j’en suis et ce qu’il reste à faire.

Hélène F.

Je crois que la question dans cet atelier est de se demander comment les unes et les autres nous nous débrouillons dans cette affaire. Selon nos situations et nos histoires, on ne s’en sort pas toutes de la même façon. Qu’est-ce qui nous aiderait chacune dans nos histoires privées et personnelles ? Qu’est-ce qui nous permettrait d’avancer, de faire un pas de plus pour négocier cette prévention ? Comment cela se passe dans vos vies ? Quelle est votre expérience ? Qu’est-ce qui vous aiderait à améliorer cette relation ?

Fatima

Je crois qu’il est important de se tenir au courant au jour le jour sur l’évolution des nouveaux cas de contaminations ; comment se fait-il, qu’avec toutes les informations que nous donnons, il y ait autant de personnes contaminées ? Il faudrait, à partir de cela, faire une base de travail.

LE PRÉSERVATIF FÉMININ

Hélène F.

Nous avons proposé qu’il y ait une promotion et une diffusion du préservatif féminin à la Saint-Valentin. Ce sera à Paris, mais cela peut se passer partout ailleurs. En revanche, certaines femmes ont eu des réactions un peu virulentes. Certaines ont demandé : « Qu’est-ce que c’est ? Cela ne m’intéresse pas, c’est moche. »

Hélène

Je suis très surprise. Nous les femmes, nous sommes fortes pour défier notre belle-mère, nos belles-filles, etc. Mais, le fait « d’épouser » les préservatifs est notre point faible. Arrêtons cela. C’est à nous, les femmes, de prendre cette initiative, et d’arrêter cette maladie. Arrêtons de jouer les marionnettes, imposons aux hommes les préservatifs. Nous avons des faiblesses, certes. Cela suffit. Il s’agit de notre arme. Freinons cette maladie. Soyons fermes en paroles et en actions. Tenons-nous la main, ensemble, rassemblons-nous et mettons le préservatif féminin.

Stéphanie D.

Lorsque le préservatif féminin est arrivé, nous en avons fait la promotion ; durant des années, nous avons fait cette prévention. Il y a seulement trois mois, je me suis rendue compte que je le présentais mal. Nous avons dit aux dirigeants de notre structure que nous n’arrivions pas à faire passer le préservatif féminin. Les femmes n’arrivent pas à l’adopter, elles préfèrent les préservatifs masculins. Au coin de notre bureau, il y a à disposition, une petite boîte de préservatifs masculins et une plus grande de préservatifs féminins. La boîte de préservatifs masculins se vide très rapidement alors j’ai voulu voir si c’était les hommes qui les prenaient. Un samedi, c’est la journée des femmes, j’ai fait attention à cela. J’ai rempli la petite boîte six fois dans la journée, et la grande boîte ne s’est même pas vidée de moitié. Je me suis donc demandée ce qui n’allait pas. Je passe mon temps à présenter le préservatif féminin, pourtant les femmes ne prennent que le préservatif masculin.

Nous avons alors démarré une formation : un monsieur de Sida Info Service est venu. Il a fait un travail extraordinaire. Il a pris un tableau et a demandé ce que l’on ressentait lorsque l’on voyait le préservatif féminin. Certaines ont dit que cela ressemble à un sac d’emballage, d’autres à un entonnoir pour gaver les oies, d’autres que c’est salissant. Le formateur a réussi à nous faire savoir que si on ne l’adoptait pas nous-mêmes, nous ne pourrions pas le faire passer.

Il faut que l’on se l’approprie. Il y a seulement trois mois que j’ai compris cela. Nous allons améliorer ainsi nos méthodes de préventions et de réactions, peu à peu.

Une participante

L’homme peut refuser de mettre son préservatif. Cependant, la femme le porte déjà à l’intérieur, il ne peut pas refuser. Il n’en a pas le droit. Je suis jeune et j’ai adopté le préservatif féminin. C’est bien.

Fatima

Le préservatif féminin n’a pas autant été médiatisé que le préservatif masculin. Il y a de nombreuses personnes qui ne le connaissent pas et son prix est élevé pour les jeunes. Je sais qu’au sein d’Aides, les préservatifs féminins ne sont pas si disponibles que cela. Je pense que c’est le cas pour toutes les associations. Les préservatifs masculins le sont beaucoup plus.

Bernadette

Lorsqu’on le voit, il y a un sentiment de répulsion. Je viens d’Afrique et le préservatif féminin est totalement inconnu. Les femmes ne l’utilisent donc pas. Puis, certaines conditions de soumission par rapport à l’homme font qu’elles ne peuvent pas « négocier » leur sexualité, quel que soit leur niveau d’études. Je me dis que cette descente en enfer continuera toujours. Il y a aussi une grande différence entre le préservatif masculin et féminin. Chez nous, lorsqu’on le montre aux femmes, elles pensent que ce n’est pas aussi facile à mettre qu’un préservatif masculin. [Hélène F. : Avez-vous déjà déroulé un préservatif masculin ? Est-ce que vous les montrez en même temps ? Avez-vous déjà fait ce test ? Présentés ainsi ? Elle montre les deux préservatifs déroulés côte à côte, à plat dans la paume de sa main.]. Non, mais le préservatif masculin est plus connu que le préservatif féminin. Certains hommes ne l’ont jamais vu d’ailleurs et la taille pose problème aux femmes. Le port du préservatif masculin reste externe, contrairement au préservatif féminin qui est interne. Cela pose problème car, chez nous, le sexe est sacré. C’est un tabou d’introduire le doigt dans le vagin.

Une participante

C’est la première fois que je vois un préservatif féminin.

Une participante

Une femme disait hier que nous les femmes, nous ne connaissons pas notre corps. Nous devons apprendre à l’explorer. Ce n’est pas facile. Dans la mentalité africaine, c’est inimaginable.

Hélène F.

Dans les années 70 en France, au sein de certains groupes féministes, l’idée à ce sujet était de se regarder dans un miroir, de s’examiner, de se mettre les doigts et de comprendre comment nous étions faites. C’étaient les américaines qui avaient expérimenté cela. A l’époque, il y avait le diaphragme. Il est étonnant que, 30 ans après, nous en soyons encore à dire la même chose. [Une participante : Il s’agit d’une réalité chez nous, en Afrique.] Il y a pourtant certaines pratiques : par exemple, la naissance est directement liée à notre anatomie. On comprend que c’est notre vagin – depuis que nous parlons, ce mot n’a pas été prononcé. [Bernadette : Je l’ai prononcé.]

Aminata

Pour certaines, il est difficile de connaître, de voir son vagin, qui est totalement interne, contrairement au sexe de l’homme, où les testicules sont visibles. [Hélène F. : Bien sûr, on ne peut pas tout voir. Je crois pourtant que les petites filles découvrent plus facilement leurs corps, elles se touchent.] Nous avons fait une séance avec le Planning Familial : à travers le chemin de la femme, certaines ont appris que la femme avait trois trous au lieu de deux. Je crois d’abord qu’il faut essayer de trouver les moyens pour la femme de connaître son propre corps. Ce sera ensuite plus facile de les motiver à utiliser le préservatif féminin.

Une participante

Je suis du Planning Familial de Lille. Je ne pense pas que cela soit seulement un problème lié à l’Afrique ou aux migrantes. Nous constatons cela dans les collèges et les lycées où certaines jeunes filles découvrent qu’elles ont effectivement trois trous. Je comparerai cela avec le préservatif féminin : l’idée de le mettre à l’intérieur du vagin pose problème.

Hélène F.

Je sais que les problèmes sont identiques mais les perceptions sont différentes. Il me semblait qu’ici, les femmes pouvaient le présenter comme un moyen de contraception, plutôt que de l’aborder par le VIH. J’entendais Stéphanie dire autre chose sur l’histoire des campagnes de contraception et du VIH, qu’il valait mieux les séparer. À mon avis, cela n’est pas évident. C’est dans ce sens que j’ai séparé les populations.

Bernadette

Nous avons aussi le problème de perception et de la disponibilité du préservatif.

Hélène F.

Nous avons travaillé en Martinique et en Guadeloupe, pour présenter un nouveau projet. Accompagnés de professionnels de santé, nous leur avons demandé de nous donner trois termes positifs et trois termes négatifs sur le préservatif féminin. Nous nous sommes aperçus à travers les commentaires, que tout ce qui a été dit en négatif, peut être également dit en positif, et inversement. Par exemple, la lubrification est importante. Pour certaines, c’est un vrai bonheur, car, à cause des traitements ou lors de la ménopause, il peut y avoir des sécheresses vaginales. Il y avait donc de nombreux éléments transposables dans l’un ou l’autre, simplement en en parlant, et en voyant ce que cela apportait de mieux.

Vous-même, vous avez appris, récemment, à mieux le présenter. La plupart des personnes qui étaient présentes autour de la table n’étaient pas convaincues de la façon de le présenter, car elles-mêmes ne l’aimaient pas. Ensuite, ce travail de tour de table a bougé les choses. Je ne dis pas que cela a transformé les choses. Cependant, il y a une légère variation en se disant que ce qu’elles ne trouvaient pas très bien vaut peut-être le coup de se pencher de nouveau sur le problème.

Stéphanie D.

Ce que vous dites est tellement important. J’ai pris l’habitude de le prendre, de l’ouvrir, de le toucher quelques jours avant chaque séance de prévention. À chaque fois, j’ouvre un paquet, je le touche et je le place même si je ne l’utilise pas. Je l’ai utilisé une seule fois, car un jour on m’a demandé si je l’avais déjà utilisé et ce, jour-là, j’ai dû être honnête, et répondre : « non, jamais. » [Hélène F. : Soyez tranquille, car il y a 30 ans, dans les débuts la pilule, nous n’étions pas très nombreuses à la prendre.] Depuis, je le prends et je le touche pour essayer de me l’approprier, pour que je puisse le faire parler. Je crois que, depuis, cela fonctionne mieux.

Une participante

Il y a un point très important, c’est le prix. Il est beaucoup plus cher que celui des hommes et c’est un très grand problème. Il faut rectifier cela très rapidement. [Une participante : Il y a aussi la disponibilité.

Stéphanie D.

Une fois, nous étions en rupture de préservatif féminin et nous voulions en acheter, pour avoir un petit stock. Nous avons fait cinq pharmacies dans le quartier de la Goutte d’or, et cinq dans le XVIIIème arrondissement. Pas une seule pharmacie n’avait de préservatif féminin. Nous avons dû aller dans un autre arrondissement et les commander.

Hélène F.

En 2003, quand nous avons fait la campagne nationale de promotion du préservatif féminin à 1 € dans les pharmacies, il nous a fallu négocier longuement avec les grossistes-répartiteurs et les pharmaciens. Les grossistes-répartiteurs ne voulaient pas stocker un produit que les pharmaciens ne leur commanderaient pas. Les pharmaciens s’interrogeaient sur l’intérêt de mettre en rayon un produit que les femmes ne connaissaient pas. C’était un cercle vicieux, car si ce produit ne figure pas sur les rayons, les femmes ne le verront pas et ne le demanderont pas. Nous avons également mené un long travail de communication auprès des médias. La plupart était très négatif sur le sujet. Finalement et malgré les réticences, l’opération a pu se mettre en place, les ventes de préservatifs féminins ont été positives, les interventions médias également.

Fatima

S’il y avait eu les préservatifs féminins avant ceux masculins, cela aurait-il changé la donne ?

Hélène F.

Les préservatifs féminins sont très anciens. Mais ce qui est moins ancien, c’est peut-être notre façon d’aborder notre corps et notre vagin et ce que nous permet cet endroit-là. Cela est magnifié quand il d’agit d’enfantement. Nous avons le droit de toucher et d’être touchée, mais, dès qu’il s’agit de notre plaisir, cela devient tabou. C’est pour cela que je pense aux petites filles qui se touchent et à qui on dit que cela ne se fait pas.

Une participante

Est-ce que le risque d’avoir une infection avec le préservatif féminin, que je dois mettre à l’intérieur du vagin, est plus grand qu’avec le préservatif masculin ?

Hélène F.

Le Fémidom®, le modèle de la Female Health Company, est sûr à 99 %, aussi sûr qu’un préservatif masculin si on le pose bien. Le vagin a une flore qui lui permet de se protéger d’un certain nombre de virus, malheureusement pas du VIH.

Une participante

Si j’ai touché le préservatif avant de l’utiliser, pour moi, ce n’est pas une bonne hygiène. Est-ce que je dois me laver les mains avant ?

Hélène F.

Votre vagin est un endroit particulièrement bien fait, peut-être pas encore assez pour lutter contre le VIH. Naturellement, il sécrète ce qui lui est nécessaire pour se protéger de lui-même. Il n’est pas protégé, contre toutes les IST, mais je ne pense pas qu’avec vos doigts, vous avez un risque d’infection par le VIH.

Une participante

Je pense que l’on utilise le préservatif féminin quand les hommes ne veulent pas prendre la responsabilité de la protection, quand ils n’ont pas de préservatif.

Hélène F.

C’est peut-être pour partager, puisque je suis hors délai et je n’ai plus de problème de contraception, mais nous on l’utilisait en alternance.

Une participante

En termes de solidité, y a-t-il moins de ruptures qu’avec les préservatifs masculins ou les problèmes sont à peu près similaires ?

Hélène F.

Ce sont les mêmes, si on sait bien l’utiliser, il n’y aura pas de problèmes. Je n’ai pas entendu de problème de rupture avec le préservatif féminin. A Sida Info Service, nous entendons beaucoup plus parler de ruptures du préservatif masculin. C’est amusant, parce que les hommes parlent de ruptures, et les femmes parlent de non-utilisation. Les ruptures de préservatif féminin ont été peu observées et peu documentées, à part pour la pénétration anale. C’est plus souvent un problème de préservatif qui glisse à l’intérieur, s’il est mal positionné.

Une participante

Ma question est un peu académique, mais cela peut être important en termes de prévention. Est-ce que les conditions de conservation sont aussi drastiques que celles du préservatif masculin, à savoir le garder au froid, ne pas l’exposer à la chaleur, etc. ?

Hélène F.

Il y a des petites variations. Une collègue de Guyane a noté que la lubrification n’était pas tout à fait la même, quand elle a réceptionné les préservatifs féminins qui étaient restés dans un hangar pendant quelques jours. Elle a été étonnée car en Guyane il y a beaucoup d’humidité et de chaleur. La lubrification était différente et un peu moins abondante, mais cela ne pose pas de problème si on rajoute du lubrifiant.

Une participante

Pouvez-vous nous raconter la réaction des hommes quand ils ont des rapports avec les femmes qui utilisent les préservatifs féminins ?

Hélène F.

Dans toute la littérature, on peut voir que les hommes apprécient bien le préservatif féminin parce que ils s’y intéressent tout de suite, alors que certaines femmes moins. Dans l’utilisation, les hommes aiment bien parce que d’abord, ce ne sont pas eux qui le mettent, ils ne se sentent pas serrés, et enfin, c’est très lubrifié.

Ce qui fait que, pour eux, c’est plutôt agréable, avec des fois le petit inconvénient du bruit. La solution serait de rajouter du lubrifiant ou de monter le volume de la musique. De toutes les façons, il y a toujours du bruit lors d’un rapport sexuel, même sans préservatif. Cela dit, c’est vrai que cela ne sera jamais aussi bien que sans le préservatif, c’est évident. Je veux dire qu’un pénis ou un vagin ne sera jamais aussi sexy que sans plastique.

Lisa T.

Ce que l’on entend du côté des hommes et des femmes, par rapport à ce préservatif féminin, c’est le fait qu’il conduise la chaleur. C’est vrai que cela change un peu par rapport au latex qui a un contact très froid. Le préservatif féminin qui est en polyuréthane, fait que l’on sente la chaleur de l’autre. Et cela se rapproche quand même du rapport sexuel sans plastique. [Hélène F. : En plus, on peut tenir plus longtemps qu’avec le latex qui chauffe au bout d’un moment.] Oui, de plus on n’est pas obligé de l’enlever juste après, ce qui est vraiment frustrant avec un préservatif masculin. C’est-à-dire qu’il y a une intimité qui peut se prolonger sans créer de risques.

Concernant les ruptures des préservatifs, c’est vrai que nous n’avons pas de pourcentages, mais il y a quand même des ruptures constatées avec le préservatif féminin, quand on l’utilisait sans l’anneau intérieur. Il est possible d’enlever l’anneau intérieur, qui est notamment une solution pour les femmes qui ont une difficulté à le mettre à l’intérieur du vagin, il peut aussi se dérouler sur le sexe de l’homme, mais ce n’est pas recommandé à cause de ces problèmes de ruptures. [Hélène F. : Sur le préservatif en polyuréthane, il y a une soudure qui pouvait craquer, car quand on le met sur un pénis en érection il faut tirer dessus.] C’est pour cela que je voulais en parler, car il peut y avoir des ruptures selon la façon dont on l’utilise.

Une participante

Je me souviens avoir vu sur des dépliants, que, sans les anneaux, on pouvait utiliser le préservatif féminin pour la sodomie. Cela veut dire que ce n’est pas idéal.

Hélène F.

Il n’y a pas eu d’étude de fiabilité menée par la Female Health Company. Je leur ai demandé quand ils allaient faire des tests de fiabilité pour la pratique de la sodomie, pour les rapports homosexuels et hétérosexuels. Il n’y a pas d’étude prévue pour le moment et ils savent que c’est une question importante. A Sida Info Service, nous indiquons que cette utilisation n’a pas été validée comme fiable. [Une participante : Donc, pour l’instant c’est une utilisation sauvage.] Si vous avez un rapport anal, et que vous n’avez rien d’autre sous la main, c’est sûr que c’est mieux de l’utiliser, même sans anneau, que rien du tout. Nous ne pouvons pas dire que c’est impossible, mais nous disons que ce n’est pas recommandé.

Stéphanie D.

Qui a déjà vu la casette de la promotion du préservatif féminin ? Personne ? [Hélène F. : Vous parlez de celle de Louise Faure et Anne Julien ? Elle commence à être un peu vieille. Il va y avoir autre chose bientôt.] Oui, mais pour le moment, il n’y a que cela. Cela fait des années que la cassette existe, et ici personne ne l’a vue.

Une participante

Ni entendu parlé.

Hélène F.

Ces deux films sont très bien faits, d’ailleurs. Dans le premier, il y a des interviews sur un marché dans le sud de la France. Dans le deuxième, ils montrent comment le placer.

Stéphanie D.

Mais cela choque. C’était justement pour parler de cela. Vous pouvez l’avoir à l’INPES. Au tout début de nos présentations du préservatif féminin, nous avons eu le malheur de passer ce film et il a beaucoup choqué. Je pensais que c’était uniquement parce que c’était le public migrant. Mais un 8 mars, pour la journée internationale des femmes, la permanence sociale polyvalente de Max Dormoy, nous a demandé de venir faire de la prévention. Beaucoup de personnes suivies dans ce centre étaient touchées par le VIH. Nous avons donc passé ce film et la salle se vidait à chaque fois, au passage qui montre comment placer le préservatif féminin dans le vagin. J’ai dû finalement arrêter la vidéo pour pouvoir aborder les gens. [Hélène : Est-ce la façon de le placer qui choque le public ? C’est peut-être trop cru.] C’est cru. [Hélène : Mais, sans cela, on ne peut pas savoir comment le mettre. J’ai une copine qui l’a déjà utilisé, mais elle trouve cela trop compliqué. Je pense que même si cela choque, c’est le seul moyen pour que l’on puisse comprendre.]

Une participante

La prévention n’est pas seulement les préservatifs masculins et féminins. Que peut-on faire encore ? Peut-être, changer la mentalité, ou éduquer les hommes.

Une participante

Il faut éviter de se contaminer.

Hélène

Bien sûr, mais comment ?

Bernadette

Il y a différents moyens, par rapport aux rapports sexuels, à la toxicomanie.

Hélène

Tout le monde sait cela.

Hélène F.

C’est la raison pour laquelle, tout à l’heure, je parlais de mon expérience personnelle, parce que je crois qu’il y a le savoir de la prévention et ce qui se passe dans la vie de tous les jours. Ce qui manque dans les informations de prévention, c’est cette dimension humaine qui fait qu’on a un rapport amoureux infiniment plus compliqué. Il faut donc être un peu plus près de nos réalités et de la vie amoureuse. On n’est pas forcément à l’aise avec cela, parce que, quand cela se passe dans les écoles pour les jeunes, nous n’en parlons pas et c’est très technique. Mais l’amour n’est pas seulement technique.

Hélène

On doit savoir quel est le plus important, après on peut faire l’amour. Je ne veux pas être féministe, je veux tout savoir sur la prévention, mais sans créer de distance entre moi et les hommes.

Une participante

Mais c’est en fonction des histoires de vie, je veux dire que ce qui peut être important pour moi, ne le sera peut-être pas pour vous. La relation que vous allez créer avec une personne ne sera pas la même que la mienne.

Lisa T.

Je trouve que ce que disait madame est très important. J’ai 31 ans, et quand je suis entrée dans la sexualité, il y avait déjà le sida. J’étais parfaitement informée que cela existait, j’avais suffisamment d’argent de poche pour m’acheter des préservatifs, mais cela n’empêche que j’ai eu plusieurs relations sans préservatif. Ce n’était pas de l’inconscience ou de la négligence, je savais exactement ce que je risquais. Cela veut dire que c’est beaucoup plus compliqué que juste un message de prévention, même quand on est dans une situation facile comme la mienne, puisque j’avais accès au préservatif, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Chacune se retrouve, à un moment de vie, à prendre un risque, alors qu’elle a les conditions pour ne pas le faire.

Larissa

Je connais le préservatif féminin, je l’ai utilisé et cela me donne des démangeaisons. Dommage car c’était pratique, on peut le mettre une demi-heure avant et on peut faire beaucoup de mouvements avec le partenaire sans qu’il sache qu’il y a un préservatif, on oublie complètement que l’on a le VIH. Je voulais savoir qu’est ce qui provoque ces démangeaisons ? J’en ai parlé à mon médecin et il m’a dit que c’était étonnant, parce que je n’ai pas de maladies. Le gynécologue m’a dit que cela pouvait être à cause d’un produit qui le composait. Mon mari a trouvé cela agréable et il ne s’est même pas rendu compte que j’avais un préservatif féminin.

Hélène F.

C’était avec le FC1, le modèle en polyuréthane ? (explications données dans la table ronde Recherche : les nouveaux outils de prévention) [Larissa : Non, l’ancien.] Il faudrait peut-être essayer le deuxième modèle qui est arrivé maintenant, qui est en nitrile. Sinon, il faut voir avec les lubrifiants, s’il vous arrive la même chose.

Une participante

Est-ce que les emballages des nouveaux et des anciens sont identiques ?

Hélène F.

Oui, le paquet est le même, sauf que, sur le côté, il est écrit FC2. Il est en nitrile, comme les gants chirurgicaux. Il est, a priori, annoncé sans allergie.

Fatima

Je suis allée en Thaïlande et à Bangkok où il y a beaucoup de prostitution. J’ai parlé avec ces femmes et je leur ai montré ce qu’était le préservatif féminin. Elles ont eu une réaction de répulsion, elles ne comprenaient pas et elles ne se voyaient pas le mettre. La preuve qu’il y a un manque d’information.

RÉDUCTION DES RISQUES

Hélène Freundlich

Est-il possible de négocier la contraception ?

Bernadette

Chez nous, non. Pour celles qui vivent en ville, peut-être, mais pas pour celles qui vivent à la campagne.

Stéphanie D.

Ce qui a été l’horreur en Afrique, ce sont les campagnes de sensibilisation sur le VIH qui se sont confondues avec les campagnes d’espacement des naissances.

Hélène F.

Ici, on peut, si l’on n’a pas envie de parler de prévention dans sa relation, présenter le préservatif féminin comme un moyen de contraception. C’est moins difficile et moins choquant et ne ramène pas immédiatement à la question du VIH. Je vous ai posé cette question par rapport à cette idée, mais peut-être que je n’ai pas réellement conscience de votre réalité.

Stéphanie D.

Non. Pour que cela fonctionne, il faut séparer les deux idées. Lorsque l’on veut parler de contraception et d’espacement de naissance, il faut des campagnes spécifiques pour cela. De même que pour la prévention du VIH. Il faut séparer ces problématiques pour éviter qu’elles ne soient confondues. [Hélène F. : Vous pensez que c’est valable pour les populations immigrées qui vivent ici ?] Oui.

Perrine

Hier, lors de la manifestation pour le 1er décembre, une prostituée nous a interpellées en disant que comme elle prenait la pilule, elle pensait que ça marchait aussi pour ça. Je pense donc que même en France, certaines personnes ne font pas encore la différence.

Hélène F.

Dans le cadre de la réduction des risques, quand il n’y a pas moyen de négocier un préservatif masculin ou féminin, il pourrait être possible d’utiliser le diaphragme. Cela n’enlève pas la totalité des risques qu’on prend à ce moment-là, mais on les réduit. Une grande part de la contamination par le VIH se passe au niveau du col de l’utérus et en utilisant le diaphragme, cette partie peut être, partiellement protégée. Les parois du vagin ne sont pas protégées, et sont des portes d’entrée possibles pour le virus, mais le col, qui est à 60 % le premier vecteur de contamination est protégé.

C’était un moyen de contraception que nous utilisions il y a 30 ans. Nous étions très contentes de l’avoir, car cela permettait d’avoir des relations sans prendre la pilule. C’est encore une fois quelque chose que l’on se met dans le vagin, ce qui faisait de cela, au moment où nous l’avions découvert, la possibilité de voir comment nous étions faites. C’était un plaisir et en même temps une découverte. Mais Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se protéger seulement des grossesses. Pour celles qui font de la prévention, parlez-vous de cette possibilité ?

Une participante

Moi jamais.

Une participante

Personnellement, je n’ai jamais vu le diaphragme, et c’est très difficile de parler de quelque chose qu’on n’a pas vu, j’en ai juste entendu parler.

Aminata

J’en parle un peu avec les groupes de paroles de femmes, mais en dehors de cela, quand je fais de la prévention pour le public, je n’en parle pas. Nous distribuons des préservatifs.

Hélène F.

Y a-t-il des moments où vous pouvez parler des situations effectives des femmes ? C’est-à-dire une femme qui ne peut pas dire en groupe qu’elle ne peut absolument pas négocier quoi que ce soit avec son compagnon.

Aminata

En fait, personnellement, je ne reçois pas très souvent des femmes qui disent qu’elles ne peuvent pas du tout négocier une protection. Quand j’en reçois, je les envoie au Planning Familial, ou à l’association Marie Hélène, ou vers une autre personne plus habilitée que moi pour les renseigner.

Lisa T.

Tout à l’heure, nous avons listé beaucoup de freins à l’utilisation du préservatif, et nous avons commencé à parler du diaphragme. C’est vrai que le diaphragme apporte un certain nombre d’avantages par rapport à ce préservatif, notamment quand on ne peut pas l’utiliser parce qu’on ne peut pas le négocier avec son partenaire. Car, dans le cas du diaphragme, qu’on met toute seule, le partenaire n’a aucune chance de s’en apercevoir. Le diaphragme est une petite coupelle souple qu’on place à l’intérieur du vagin, devant le col pour le protéger. On peut le mettre longtemps avant et l’enlever longtemps après. L’autre avantage, c’est qu’on peut le réutiliser un grand nombre de fois. Il coûte entre 30 et 40 €.

Le diaphragme est un outil de réduction des risques ce qui veut dire que cela ne protège pas à 100 % du VIH, c’est pourquoi nous aimerions que tout le monde puisse utiliser le préservatif, parce qu’à l’heure actuelle c’est le seul outil fiable.

Le diaphragme a été indisponible pendant très longtemps en France mais, depuis peu, il est de nouveau disponible. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, il est difficile à trouver, à part dans les Plannings Familiaux, et dans certaines pharmacies. On peut le réutiliser pendant deux ans, quand il est bien entretenu. Le problème est qu’il faut connaître sa taille. Il faut donc voir un gynécologue ou un généraliste formé. En revanche, puisqu’il a été indisponible pendant très longtemps, il y a des médecins qui ont perdu cette pratique, ce qui fait qu’ils ne seront pas tout à fait à l’aise pour vous donner votre taille de diaphragme. [Hélène F. : Ils ne sont pas à l’aise non plus avec les préservatifs.]

Helena

C’est bien de parler de diaphragme, mais il y a le problème du coût, et aussi de le trouver. C’est le même problème que le préservatif féminin. Quand on voit la stratégie du préservatif féminin, les formations des gens qui font des ateliers, ma recommandation serait de rester sur cette ligne là, et de rajouter d’autres mesures.

Une participante

J’ai une question par rapport à l’utilisation du diaphragme en réduction des risques. Est-ce qu’on conseille dans ces cas de mettre ou pas des spermicides, qui eux sont censés être agressifs ?

Lisa T.

Les spermicides sont agressifs en utilisation intense, tout dépend de la fréquence des rapports sexuels. La seule chose qui a été prouvée par rapport aux spermicides, c’est que cela pouvait être un facteur accru de contamination par irritation interne. Mais cela n’a été prouvé que dans les cas d’un certain nombre de rapports sexuels quotidiens. Donc, tout dépend de la vie sexuelle.

Hélène F.

Les tests sur les microbicides ont été faits majoritairement dans le milieu de la prostitution.

Une participante

Justement, je ne pensais pas aux microbicides, parce qu’habituellement, quand on parle du diaphragme, on dit toujours qu’il faut l’utiliser avec un spermicide. Je me demandais donc, si en termes de réduction des risques, et non pas en termes de contraception, il faut aussi utiliser un spermicide ou pas.

Lisa T.

En plus, il y a eu un changement de pratiques, mais vous pouvez vous renseigner auprès du Planning Familial pour savoir où aller.

PRÉVENTION ET COMMUNICATION

Fatima

Je pense que, même avec toutes les diffusions (publicité, campagnes de prévention, etc.) une Journée mondiale contre le sida par an, le 1er décembre, ce n’est pas assez pour rappeler ce qu’est le sida, les modes de contaminations, etc., c’est une goutte d’eau dans une mer. Je n’ai pas l’impression que l’on avance, par moments j’ai même l’impression qu’on régresse.

Stéphanie D.

La prévention dans les écoles doit être une priorité. Lorsque l’on voit les chiffres de cette année, qui disent qu’entre 2,1 et 2,8 millions d’enfants de moins de 15 ans seraient contaminés. Il faut que l’éducation nationale accepte de mettre des programmes de préventions dans les collèges et les lycées. On va me répondre qu’il y en a. Je ne suis pas d’accord : il n’y en a pas. Lorsque mes enfants ont eu 16 ans, j’ai voulu savoir s’ils avaient entendu parler du VIH. J’ai mis des préservatifs dans leur panier à chaussettes. Le plus âgé à l’époque, avait 16 ans et demi. Il a pris le préservatif masculin, et m’a dit : « Maman, ne t’inquiète pas, je n’ai pas encore commencé ma reproduction. » J’ai essayé avec d’autres enfants que les miens et m’ont tous dit la même chose. Où est la prévention à l’école ? Il faut que les associations s’y intéressent. Je voudrais que cela soit généralisé.

Marissa

Oui, mais nous, au sein des associations, nous pouvons parler. Lorsque vous allez dans les écoles, prenez au moins les gens qui sont atteints, qui se portent volontaires et veulent aider. Ceci afin qu’ils parlent de leur cas personnel. Si les enfants voient une personne qui souffre de cette maladie, qui explique comment elle a été contaminée, ils comprendront.

Stéphanie D.

Est-ce que tout le monde l’accepterait comme vous ? Je n’en suis pas si sûre.

Fatma

Je pense que cela concerne l’Éducation nationale, et il faut reprendre les cours d’éducation sexuelle, comme dans l’année 1976. [Stéphanie D. : Exactement].

RÉPRÉSENTATIONS DE LA MALADIE (NORD/SUD)

Estelle

Cela fait bientôt deux ans que j’ai découvert ma séropositivité. Au début, c’était difficile de m’accepter et c’est le cas encore. Grâce à Isabelle de Aides Rouen, je m’en suis sortie. Je connais des personnes qui ont cette maladie et qui prennent le risque d’avoir des rapports sans protection. Normalement, on nous dit que quand on est séropositive ou séropositif, on peut contaminer une personne avec un seul rapport. Je vois des personnes avoir des rapports volontairement ou involontairement, ou de façon méchante pour contaminer les autres. J’aimerais donc savoir pourquoi on arrive à cette injustice ; parce qu’il ne faut pas plusieurs rapports pour être contaminé, en même temps, il y a des gens qui ne l’ont pas alors qu’ils ont plusieurs rapports non protégés.

Hélène F.

Il suffit d’une fois, mais là où ce n’est totalement pas égal, c’est que nous, les femmes, avons un certain nombre de différences physiologiques. Les femmes ont beaucoup plus de risques d’être contaminées dans un rapport hétérosexuel, que l’homme. C’est-à-dire qu’un homme séropositif qui va avoir une relation avec une femme non séropositive, a toute probabilité de la contaminer. À l’inverse, dans le cas d’une femme séropositive qui a un rapport sexuel avec un homme non séropositif, il y a moins de risques pour qu’il soit contaminé. [Stéphanie D. : Parce que la quantité de virus qui se trouve dans le sperme est plus élevée que celle qui se trouve dans les sécrétions vaginales ? Mais la femme déjà malade peut se surinfecter si elle a des rapports avec un homme séropositif.]

Estelle

C’est une injustice. Finalement, je me dis que c’est une punition, parce que je réalise qu’il ne faut pas être prostituée ou obsédée sexuelle, pour avoir cette maladie. On peut être fidèle à son homme, et lui, il va l’attraper dehors et vous contaminer. Alors qu’il peut y avoir des personnes qui sont à fond dans le sexe et qui ne l’auront pas. Au départ, je culpabilisais, mais je revois ma vie et je ne trouve pas que je mérite cette punition.

Fatima

Ce n’est pas une punition. Il ne faut pas le prendre ainsi. C’est la vie, c’est tombé sur toi, comme cela pouvait tomber sur n’importe qui d’autre. Il y a des gens qui naissent handicapés ou aveugles, et ce n’est pas une punition.

Une participante

Les enfants qui naissent contaminés de leurs mères, qu’ont-ils fait pour être punis ?

Estelle

Nous avons chacune notre ligne de vie.

Une participante

Ce n’est pas une punition si on a une maladie. Je suis séropositive depuis dix ans et mon mari ne l’est pas. Je ne sais pas comment cela peut arriver que, je sois séropositive et pas lui. J’ai eu des rapports avec mon mari avant de découvrir que j’étais malade.

Il n’y a pas de remèdes pour le sida, mais il y a quand même des remèdes qui nous font vivre plus longtemps. Je me dis donc que ce n’est pas une punition, du moment où ce n’est pas un cancer ou une maladie plus grave.

Estelle

C’est vraiment ce à quoi nous nous accrochons pour nous réconforter. En même temps, nous avons la chance de vivre en Europe. Je ne veux pas parler des origines de chacun ou faire des différences, mais nous, personnes séropositives qui venons de l’Afrique, où nous sommes rejetées et mises à l’écart, ce n’est même plus la maladie qui nous tue, c’est plutôt la solitude et le rejet. Cela va faire trois ou quatre ans que je suis séropositive.

Stéphanie D.

La prise en charge par les structures des personnes africaines malades a-t-elle beaucoup changé selon vous ?

Estelle

J’ai une sœur qui vient d’en mourir. Je n’ai qu’une seule famille qui est au courant de mon histoire. Pour être honnête, j’évite même la collaboration avec les africains. Ce n’est pas méchant. Cela fait plaisir d’approcher les gens. Vous allez vers eux pour être soutenue, mais quand vous voyez que les gens parlent de vous après, vous vous dites que cela ne sert à rien « d’aller creuser sa propre tombe ».

Marissa

J’aimerais bien vous croire quand vous dites que les choses ont changé en Afrique. A Abidjan, où je sais qu’il y a plusieurs associations, ceux qui n’ont pas les moyens ne vont pas donner dans les régions pauvres. Ils ne donnent qu’aux gens qui ont les moyens.

Stéphanie D.

Je viens d’aller en Guinée et j’ai vu des femmes enceintes qui n’ont pas de revenus, qui sont dans la rue et qu’on va chercher jusque dans les marchés pour un test et un suivi de grossesse.

Estelle

Je suis d’accord avec ce que vous dites, si c’est la Guinée. Cela dépend de la sensibilisation des personnes dans ces pays. Vous croyez qu’une personne séropositive qui est à la rue et rejetée va lever le doigt pour dire qu’elle a besoin d’aide. [Stéphanie D. : Nous sommes là pour cela. Nous parlons de prévention.]

Marissa

Le jour où vous partez, ils réagissent, mais, quand vous revenez en Europe, ce n’est pas le cas. Personnellement, j’emmène des préservatifs, mais quand je vois ce qui se passe chez nous, je trouve que c’est injuste.

Stéphanie D.

Je refuse qu’on dise à chaque fois l’Afrique. Situons les pays. [Marissa : Je parle de mon pays.] En Afrique, cela a beaucoup changé. Que peut-on faire pour changer ces volontés politiques ?

Marissa

Dites-leur de noter à qui ils donnent les médicaments et les préservatifs que vous emmenez tous les mois. [Stéphanie Diakité : Je ne vais jamais voir les politiques.] Je ne parle pas de politique, mais des dirigeants des associations. Je ne citerai pas de noms, mais ce sont les proches et les parents qui en profitent. Quand je vais en Afrique, je partage le peu de préservatifs que j’emmène, mais au bout de deux semaines c’est fini.

Stéphanie D.

Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il n’y en ait pas assez pour tout le monde, mais au point de dire que rien n’est fait, là je ne suis pas d’accord.

Estelle

Ce que je veux dire, c’est que l’Afrique est vaste. Ne tenez pas compte de la Guinée, parce que vous venez de là-bas. Ne tenez pas compte de votre expérience professionnelle. La Guinée est un petit pays par rapport à d’autres pays de l’Afrique. On ne va donc pas tenir compte d’un seul pays qui est sensibilisé ou motivé et généraliser à toute l’Afrique. [Stéphanie D. : C’est ce que je viens de dire.] Je vous parle de la Côte d’Ivoire, du Sénégal qui font la une en Afrique. Plus le pays est petit et plus la sensibilisation fait son effet. J’ai une sœur qui vient de mourir de cette maladie. Je culpabilise jusqu’à aujourd’hui, puisque ma famille n’est pas au courant pour moi. Ma petite sœur a caché son état de santé et je ne savais pas qu’elle était malade. J’ai voulu l’amener avec moi en France pour qu’on soit deux ici à soutenir la famille. Nous avons été bloquées au Mali et j’ai dû la laisser là-bas. Elle est morte et quand nous avons fait les analyses, nous avons découvert qu’elle était séropositive. Elle aurait pu me le dire, j’aurais même pu lui fournir des médicaments ou des préservatifs grâce aux associations, mais elle ne l’a pas fait parce que c’est vraiment tabou.

Une participante

Estelle pense que sa sœur aurait pu lui dire qu’elle était séropositive, je pense qu’elle a eu les mêmes raisons qu’elle de ne pas le dire.

Nous avons pris l’exemple de la Guinée tout à l’heure, c’est vrai que dans certaines villes, il y a des avancées, mais ce n’est pas le cas dans tout le pays. Même dans les zones urbaines, il n’y a même pas de centre de dépistage dans tous les hôpitaux.

Aminata

Je pense qu’il y a un grand changement par rapport à la prévention et à la réduction des risques. En revanche, j’ai contacté un médecin qui était venu pour collaborer dans le groupe Esther, je lui ai demandé quelles étaient les avancées sur le terrain, parce que cela faisait cinq ans que je n’étais pas retournée dans mon pays d’origine. Il m’a répondu, que pour mon bien, je devais rester ici.

Stéphanie D.

Je rectifie. J’ai dit que je refusais qu’on dise que rien n’est fait en Afrique. Il y a un grand pas de fait et des efforts. Ici, il a fallu des années pour arriver aujourd’hui, à cette prise en charge des personnes contaminées par le VIH. En Afrique aussi il leur faut du temps pour pouvoir tout couvrir. [Une participante : Je suis sur le terrain et je suis convaincue de cela.]

Hélène F.

J’aime bien penser que ce que nous vivons au Nord est fondamentalement lié avec ce que vivent les femmes au Sud, et que nous devons réfléchir pour les femmes qui vivent au Nord et au Sud également. Le sida atteint le monde entier. Ce qui se passe en Afrique est en relation avec ce que nous vivons ici et que nous ne pouvons pas aujourd’hui penser l’épidémie que pour son propre territoire.

Estelle

J’insiste sur cela, je pense que c’est très important, car je sais ce que c’est. En Afrique, tout le monde n’a pas encore la possibilité de comprendre. Je le répète, car chez nous, nous sommes un peu soumis au pouvoir de l’argent ou de la force. On se laisse aller. Dans les campagnes, il y a des femmes qui supportent encore des rivales qu’elles ne désirent pas, car monsieur a droit à trois ou quatre femmes. La femme, elle, doit être fidèle à son mari, car elle ne sait pas où aller avec ses enfants, elle ne peut pas s’en sortir financièrement et ne peut pas vivre sans ce mari. Lui, il a la chance d’avoir des filles de la ville, qui s’accrochent à lui, car il a de l’argent. Entre temps, ce sont nos vieilles mères dans les villages qui paient les pots cassés. On dit en langage ivoirien : « Le monsieur quand ça va bien, il est dehors. Quand ça ne va pas, c’est madame qui le soigne à la maison. » S’il vous plait, faites un effort ! Je sais qu’il n’y a pas de baguette magique, mais faisons de notre mieux pour sensibiliser les personnes des campagnes, surtout les femmes.

Perrine

J’ai écouté ce que vous avez dit, mais le problème de la polygamie, c’est autre chose. La prévention contre le sida n’y changera rien. Il s’agit de coutumes ancestrales compliquées à changer. Cependant, si on peut faire passer la prévention dans ce genre de coutumes, je suis d’accord.

Estelle

Justement, je parle de la prévention : ces femmes n’ont pas eu la chance de choisir d’avoir de rivales ou non. Il faut aller vérifier si ces femmes n’ont pas été contaminées. Je ne veux pas dire que les hommes n’ont pas droit à deux femmes, etc. Non, je ne dis pas cela. Je parle des risques par rapport à cela. Elles sont dans l’obligation d’accepter ces situations. Ici, on peut divorcer, car la CAF s’occupe ensuite des femmes et des enfants. En Afrique, cela n’existe pas. L’homme bat sa femme et ses parents lui disent de se contenter de son mari et ne lui permettent pas de revenir chez elles. Alors qu’en France, les lois ne sont pas pareilles. Je l’ai dit dans ce sens-là.

Fatma

Je pense qu’il n’y a pas que l’Afrique. Il y a l’Algérie, et même encore en France dans les campagnes, cela existe. Le problème est partout, tout le monde est concerné.

Perrine

Nous sommes à Aides, la délégation d’Ille-et-Vilaine, à Rennes. On se rend compte que parfois, dans les campagnes où nous allons pour faire des actions et parler du sida, les gens ne savent pas ce que c’est. Ce n’est pas loin et il y a aussi ce problème.

Marina

Qu’est-ce qui peut nous aider ?

Estelle

La politique.

Marina

Non, c’est notre président. Les associations sont là pour sensibiliser le gouvernement.

Perrine

Vous avez l’impression que notre gouvernement nous aide ou aide les associations ?

Une participante

Arrivé à votre niveau, je crois que vous avez très bien avancé.

Estelle

Cela fait plus de dix ans que je suis dans ce pays, je n’ai pas vu un président motivé à 100 % pour les séropositifs. Dire que le président est pour que le médicament ou l’examen soient gratuits est faux.

Une participante

En tout cas, vous avez bien vu que leur ministre de la Santé était bien là.

Une participante

Vous aussi vous n’avez pas compris que ce n’est pas un problème de président, ni un problème de politique, mais un problème d’ONG. Ce n’est pas le président qui donne les moyens pour que vous fassiez les sensibilisations.

Une participante

Par rapport à la politique, je pense que c’est d’abord la volonté de la population, parce qu’au début quand il y avait les traitements ici en France, ils disaient que c’était seulement pour les homosexuels. Les homosexuels ont dit, c’est tout ou rien. Ce qui fait que cela ne dépend pas de la volonté d’une petite minorité. Chacun a ses problèmes spécifiques, la France ne peut pas prendre en charge tout le mal du monde. Tout doit partir de la base, à savoir que nous devons nous battre pour que les autres nous aident. Nous avons été colonisés par la France, mais ils nous ont rendu la monnaie, parce que c’est un des seuls pays où tout le monde a accès aux traitements. [Estelle : Si vous êtes en France.] Oui, je n’en disconviens pas.

Une participante

Je voulais revenir aux modes de contamination pour rentrer dans le vif du sujet. Il faut qu’on fasse un très grand effort avec les mères africaines, parce que c’est très difficile pour une mère de ne pas allaiter son enfant ; or il est incontestable que le virus passe de la mère à l’enfant. Il faudra qu’on fasse des recherches.

La fin de l’atelier approche et il faut passer à la synthèse.

SYNTHÈSE

Stéphanie D.

Reprenons donc nos recommandations, propositions et ce que nous devons faire dans le domaine de la prévention, pour ne plus entendre qu’il y a encore eu cette année 2,5 millions de nouvelles contaminations. Pour que la prévention que nous faisons sur le terrain portent ses fruits, et que nous entendions un jour qu’il n’y a pas eu de nouvelles contaminations.

Une participante

Il faut également aller dans les régions pour sensibiliser les gens. Cela ne concerne pas que les riches.

Marissa

Vous dites que le diaphragme peut être un moyen de réduire les risques mais il coûte cher. Comment demander à un jeune de 14 ans de l’acheter. Il faut diminuer le coût, pour nous, les pauvres.

Une participante

Pour nous les africains, il faudrait une information plus large, une disponibilité des préservatifs et organiser des distributions.

Estelle

Je voulais que vous suiviez les personnes contaminées, dans les pays du sud. Allez les voir sur le terrain et établissez un suivi personnalisé. Ceci afin de savoir qui est atteint et à qui est adressé le médicament.

Stéphanie D.

Je ne suis pas satisfaite par les affiches de campagnes de sensibilisation : elles sont trop stigmatisées. Ne pourrions-nous pas trouver un moyen pour que les affiches s’adressent à toutes les populations. Par exemple cette affiche « les femmes préfèrent les hommes qui les protègent » : l’homme est plus haut que la femme. À chaque fois que je vois cette affiche, je suis choquée. Pourquoi pas le contraire : la femme au dessus de l’homme et qui le protéger ; ou simplement les mettre au même niveau, que chacun puisse protéger l’autre.

Concernant les cassettes vidéo. J’exagérerais en disant que chaque ethnie a sa campagne de sensibilisation. Les maghrébins sont visés, il y a des cassettes pour eux, les africains également. Il faudrait travailler afin de voir sortir des outils de prévention qui pourraient être destinés à tout public, que ce soit au Nord ou au Sud. Il y a un réel travail à faire.

Hélène F.

Je reviens juste sur l’exemple de l’affiche. Comme vous, lorsque je l’ai vue, cela m’a interpellée. Finalement, je me demande si cela ne correspond pas à une majorité de représentations. Nous sommes acteurs de prévention, femmes militantes ; sauf que ces affiches, lorsqu’elles sont affichées dans des lieux comme les secteurs hospitaliers, les centres de plannings, cela s’adresse à tout le monde. La représentation du couple est souvent celle-ci. Ce n’est ni la mienne, ni peut-être la vôtre. [Stéphanie D. : L’homme qui protège et la femme qui veut être protégée.] Oui. Je ne dis pas que cela est bien, je pense qu’ils cherchent un message direct qui est dans la représentation des gens majoritairement.

Lisa T.

Par rapport aux recommandations, je voudrais ajouter plusieurs choses :
- Vous disiez précédemment que le diaphragme était trop cher, et qu’il fallait demander un prix inférieur. Je pense que nous sommes en droit de demander plus que cela. Le minimum est de demander la gratuité de tous les moyens de protection. S’il y a bien un scandale dans cette épidémie depuis le début… Vous dites l’argent, mais combien coûte un traitement ? Nous nous battons aujourd’hui afin que les traitements soient disponibles partout dans le monde : cela coûte une fortune. Si les moyens de prévention étaient déjà gratuits, nous n’en serions pas là.
- Le deuxième : les messages de prévention. Nous avons dit plusieurs fois qu’il faut que nous puissions nous adresser aux décideurs. Il y a deux choses principales. L’idée d’humaniser les messages : arrêtons de marteler qu’il faut utiliser les préservatifs, car cela fait vingt ans que nous le faisons, il n’y a pas plus d’effet. Il faut donc remettre en question les messages de prévention et prendre en compte la réalité individuelle. Il faut savoir qu’il n’est toujours pas possible d’utiliser le préservatif au quotidien. Si un jour on commence à le dire, on va arrêter de s’angoisser. Le préservatif n’est pas assez utilisé, et il faut le prendre en compte pour travailler là-dessus.
- Le troisième point : faire « bouger » les représentations. On entend aujourd’hui que les personnes qui ne se protègent pas pensent qu’elles ne risquent rien. Il y a encore de nombreuses représentations partout dans le monde, et en France également. Il faut donc travailler sur les représentations de la maladie. Par exemple, la personne avec qui je vais passer la nuit, je lui fais confiance et il n’a pas l’air malade, je ne vais donc pas me protéger. Il faut travailler là-dessus.
- Le dernier point : l’éducation à la sexualité. Il faut savoir qu’une circulaire de l’Education Nationale existe, et elle est absolument magnifique. Vous la liriez, vous la signeriez des deux mains. Elle dit qu’on doit faire, à chaque niveau et chaque année de scolarité, trois interventions d’éducation de la sexualité adaptée à l’âge des enfants. Cela signifie que l’on doit commencer à la maternelle et jusqu’au lycée. Cette circulaire est parfaite. Il n’y a seulement aucun moyen pour qu’elle soit appliquée. Il ne faut donc pas seulement dire qu’il faut faire de l’éducation à la sexualité, nous sommes d’accord, mais où sont les moyens ? Il faut donc « acter » cela aujourd’hui.

Une participante

J’aimerais savoir dans quelle mesure on pourrait apporter un changement de mentalité. Je dis cela car j’ai été à la campagne, au sein d’une communauté plutôt archaïque. Comme toujours lorsque je suis quelque part, j’essaie d’entamer une conversation sur le VIH. Le monsieur me dit que lorsqu’il sait qu’une personne a le sida dans son quartier, il déménage. Je ne savais plus quoi répondre. Je lui ai dit qu’il allait devoir faire tous les quartiers et toutes les communes de la France, car il n’y a pas une seule commune où il n’y a pas une personne touchée.

Au sein des foyers africains, il y a toutes sortes de « débauches », mais ils ne veulent pas en entendre parler. C’est très difficile de les raisonner, de leur faire savoir que le VIH existe. Pour eux, il s’agit d’une chose inventée pour dominer la population africaine, accompagnée de mentalités de sorcellerie, etc. Il faut tout de même essayer de les faire changer de mentalité. Je ne sais pas comment il faudrait procéder.

Hélène F.

Pour ne pas vous rassurer, à Sida Info Service, nous avons toujours en 2007, les mêmes questions récurrentes sur les modes de contamination ; toujours des questions aussi « étonnantes » qu’il y a dix ans. Ce ne sont pas que des personnes à l’accent africain, je vous assure.

Perrine

Il faudrait rappeler les modes de transmission dans les campagnes de prévention. Nous lorsque nous faisons des actions de prévention, on nous demande si nous sommes sûrs que la salive ne transmet pas le virus, etc. Les gens ont peur. Il faut donc rappeler ces modes de transmission, même si on le dit et on le redit. Les accroches des affiches pourraient également être plus poignantes.

Une participante

Dans les recommandations, on s’est beaucoup focalisées sur la contamination par les relations sexuelles. Les autres modes de prévention n’ont pas été abordés. On n’a pas parlé des échanges de seringues. Il y a moins de prévention par rapport à ces modes de contamination.

Hélène F.

Cela est vrai. Cependant, ce qui a été mis en place avec les échanges de seringues en France a vraiment porté ses fruits. Le taux de contamination est aujourd’hui le plus bas par rapport aux autres types de contamination.

Une participante

Cela dépend des contextes et des milieux. Nous, qui venons d’Afrique, il y a autre chose : l’excision.

Une participante

J’ai une question pour vous qui travaillez à Sida Info Service. Depuis combien de temps n’avons-nous pas eu une grande campagne nationale sur le sida ? Je souviens que durant mon adolescence, nous avons été « martelés » campagne sur campagne. Là, j’ai l’impression que l’on n’en parle plus, ou pas suffisamment.

Une participante

Je me demande si les campagnes n’ont pas été trop axées sur le fait « Protégez-vous », et plus suffisamment sur les basiques, à savoir de quelle manière on se contamine, ce qui est dangereux, etc. Je pense qu’il n’y a pas de message dont le ton soit suffisamment important au niveau de la campagne pour transmettre, parce que les premières générations qui vont être informées grandissent.

Hélène F.

Cela peut être une des recommandations : le besoin de rappeler les modes de contamination.

Stéphanie D.

Y a-t-il une ligne d’écoute ? Il y avait une ligne d’écoute à Sida Info Service en langues étrangères. Existe-t-elle toujours ? Le taux d’utilisation était-il élevé ? Qui étaient les personnes qui informaient ?

Hélène F.

Il y en a beaucoup. Cela revient à ce que nous disons tout à l’heure, quand on fait quelque chose, encore faut-il aussi assurer les moyens pour que cela fonctionne. Nous avons ouvert une ligne téléphonique répondant en différentes langues étrangères, parce que nous pensions qu’il y avait un besoin de répondre, non pas simplement en traduction littérale, mais avec des gens qui en connaissaient également la culture. Il aurait fallu aussi des moyens pour communiquer sur l’existence de ces lignes. Faute d’appels nombreux, cette ligne a cessé.

Stéphanie D.

Pouvons-nous mettre dans les recommandations : la reprise de ces lignes ?

Perrine

Ou en général, que l’information soit plus accessible aux personnes migrantes.

Une participante

Je crois que ce n’est pas innocent que la classe où le taux de contamination a le plus baissé, c’est celle des utilisateurs de drogues où les seringues étaient gratuites.

Marissa

Je voulais dire qu’il faut voir les chaînes de télévision le soir, au moins une par semaine. Je ne vous parle pas des radios, mais de la télévision.

Fatma

Les jeunes ne veulent pas regarder la télévision, et passent à une autre chaîne.

Marissa

Les gens de la campagne regardent tout de même la télévision, le journal.

RECOMMANDATIONS

Lisa T.

Nous avons parlé de tous les freins qu’il pouvait y avoir à l’utilisation du préservatif féminin. Nous avons aussi présenté beaucoup d’avantages. Ce que j’ai retenu, c’est qu’il y avait un grand problème de disponibilité physique et financière. Nous avons également dit que, pour se servir du préservatif féminin, il fallait connaître son corps. Il y avait aussi un appel pour les acteurs de prévention : c’est bien de parler du préservatif féminin, mais si vous ne voulez pas vous l’approprier, cela ne va pas fonctionner.

J’ai retenu ces trois niveaux : les décideurs ; les acteurs de prévention ; et toutes les femmes.

Nous avons parlé du coût des moyens de prévention, comme le diaphragme. Nous avons parlé des messages de prévention en général. Nous avons dû les humaniser et dit qu’il fallait travailler de façon générale sur les représentations de la maladie et de ce qu’on sait des moyens de contamination.

Nous avons parlé des affiches et des messages en général qui pouvaient être stigmatisants, il fallait donc travailler sur le risque de stigmatisation par les messages.

Nous avons aussi évoqué les outils de communication, et de leur disponibilité.

Nous avons beaucoup parlé de la prévention auprès des jeunes, dans les écoles, les collèges et les lycées, avec les moyens qui n’existent pas ou qui existent de façon inégale suivant les territoires.

Nous avons parlé des inégalités Nord Sud. Nous avons dit qu’il fallait aller dans les régions les plus pauvres et les plus isolées, notamment dans les campagnes en Afrique, et aussi en Europe.

Nous avons parlé de la difficulté à se protéger pour les personnes qui sont rentrées dans la sexualité quand le sida n’existait pas, et qui ne se sentent pas concernées.

Nous avons aussi parlé de la rareté des messages de prévention, c’est-à-dire que le 1er décembre ne vient qu’une seule fois par an.

Nous avons également parlé de la nécessité d’avoir l’information disponible, pour tous et dans toutes les langues. On a parlé plusieurs fois du déficit de prévention en Afrique, en revanche, nous avons peu parlé de tous les autres modes de contamination qui ne sont pas sexuels, ni de l’usage de drogues, ni de la transmission mère-enfant.

Hélène F.

Cela dit, il y a de merveilleuses avancées dans le cas de la transmission mère enfant, ici et dans un certain nombre de pays d’Afrique, où ce médicament est accessible. Cela a fait l’objet du colloque de 1997.

Stéphanie D.

Nous remercions vraiment tout le monde. J’ai fait exprès de taquiner beaucoup de personnes. Je m’excuse si j’ai blessé qui que ce soit. Je remercie tout le monde pour la qualité du travail.