Santé sexuelle et addictions Usages et consommations

Atelier animé par : Danièle Authier (Frisse), Marie-Hélène Tokolo (Marie-Madeleine), membres de l’interassociatif Femmes & VIH et Sarah Durocher (Planning Familial).
samedi 7 septembre 2013
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Danièle : avant de commencer l’atelier, je vais vous rappeler les consignes : nous vous demandons de dire votre prénom à chaque fois que vous prenez la parole. Je m’appelle Danièle, je viens de Lyon, je suis co-infectée depuis 1981, je suis une personne vieillissante comme le disait tout à l’heure Christine à la tribune. Cet atelier est un groupe de travail, ce n’est pas un groupe de parole, les consignes sont de ne pas monopoliser la parole et d’être dans le respect. Nous aimerions aussi que l’une d’entre vous participe au compte-rendu, parce que l’objectif de l’atelier c’est d’arriver à des recommandations, en tout cas à des constats, que l’on aimerait que, soit les médecins, soit les associations, soit les pouvoirs publics prennent en compte. En sachant que quand on parle de psychotropes, on parle d’alcool, de cannabis, de cocaïne on parle aussi de médicaments prescrits pour réguler l’humeur, et dont nous devenons dépendantes. On parle donc de tous les produits, stupéfiants, interdits, mais aussi du plus répandu c’est à dire l’alcool, puisque rares sont les lieux dans lesquels on peut rencontrer des partenaires hommes ou femmes, sans qu’il y ait de l’alcool. Les produits quels qu’ils soient, sont en lien avec la santé sexuelle. L’OMS parle de problèmes concrets sur les rapports avec la santé sexuelle, tels que les grossesses non désirées, les IST et aussi les violences. Par exemple les rapports qu’on est amené à subir parce qu’on n’est pas à jeun, en ayant consommé quelques produits que ce soit, mais aussi les rapports très violents, jusqu’au viol, etc. Ce que je vous propose dans cet atelier c’est de réfléchir autour des questions telles que : les psychotropes, qu’est-ce que ça me fait ? Les psychotropes et moi ? dont quelqu’un avait dit « avec qui je partage ma vie », parce que ça peut aussi foutre la vie en l’air. Dans un deuxième temps, on va essayer de classer vos réponses, et faire des propositions pour essayer d’améliorer les choses.

Sarah : nous allons commencer par nous présenter. Essayez de parler assez fort, parce que l’atelier est enregistré pour l’écriture des Actes et c’est important que votre parole soit bien prise en compte et pas déformée.

Marie-Hélène : je co-anime l’atelier avec Danièle, Sarah. Le prénom ou le nom que vous donnerez sera celui inscrit dans les Actes, alors vous pouvez en changer. Je connais beaucoup plus le problème des addictions liées à la bière, notamment chez les femmes migrantes. Nous allons pouvoir faire remonter des choses ensemble avec des diversités et je vais explorer aussi les produits.

Sarah : je suis militante au Planning Familial et j’anime un groupe de femmes concernées par le VIH. Je ne suis pas infectée par le VIH, mais c’est quelque chose qui me tient énormément à cœur. C’est mon deuxième colloque et je suis toujours très impressionnée par votre présence, ce que vous y apportez. Ça nourrit énormément ma pratique. J’ai le plaisir de co-animer l’atelier, et c’est aussi un moyen de se rencontrer et de travailler ensemble.

Kalou : je suis séropositive depuis 25 ans, je prends une quadrithérapie, j’ai eu six prothèses totales de la hanche et je l’ai luxée vingt-deux fois. À la vingt-troisième luxation, on m’a enlevé toutes les prothèses et une partie des os et on m’a injecté du ciment chirurgical qui délivre des antibiotiques parce que j’ai fait une dizaine d’endocardites et une vingtaine de staphylocoque doré. J’ai passé huit mois à Cerbère et maintenant je suis paralysée de la jambe droite quand je suis assise parce que je n’ai plus d’adducteurs. Je remarche même avec des talons mais je ne peux plus courir et m’accroupir.

Sarah : le sujet qu’a énoncé Danièle sur l’usage des psychotropes, qu’est-ce que ça vous renvoie ?

Kalou : je ne prends rien. Je ne veux que du naturel, orange pressée, pas de pamplemousse surtout, c’est interdit, et je suis bien.

Danièle : ça vous fait penser à quoi les psychotropes ? Vous ou un proche autour de vous ? Qu’est-ce que ça vous évoque ?

Kalou : un jour j’ai vu sur le bureau du docteur un dépliant qui s’appelle « roule ta paille ». Je l’ai donné à un ami qui sniffe de la coke parce que c’était écrit qu’on pouvait mourir d’une overdose en sniffant. Je lui ai donné, il l’a lu, il l’a reposé et il est parti, il s’en foutait. Voilà.

Une femme : est-ce que dans le cadre du traitement que tu prends, les médecins te donnent des antidouleurs ?

Kalou : pas du tout. J’ai pris de la morphine quand j’étais en réadaptation fonctionnelle. Je prends une quadrithérapie et je ne bois pas. Je fume juste un peu d’herbe et c’est tout.

Une femme : ah oui !

Kalou : mais douce ! Qui fait dormir, qui fait manger, qui donne de l’appétit.

Sarah : alors on peut dire « de prendre de l’herbe qu’est-ce que ça m’apporte dans mon quotidien ? »

Kalou : je suis anorexique et depuis que mon médecin m’a dit d’essayer de fumer de la marijuana mais celle qui donne de l’appétit. Donc j’achète de la Moby Dick, et depuis je mange, je mangerai la nappe tellement j’ai faim, et je dors comme un sonneur, et puis je fume et je dors.

Sarah : donc si je comprends bien ça te donne de l’appétit.

Kalou : ça me donne faim puisque que je suis anorexique. Ça me fait dormir, et ça me rend relax. Par contre une fois j’ai eu de l’herbe trash. C’est très fort et j’ai eu très peur, je me suis mise à trembler, j’avais soif, j’allais, je venais, j’étais gelée, j’avais chaud, j’étais gelée, j’avais chaud. Après ça j’ai eu peur de fumer de nouveau.

Églantine : (Rires) l’églantine, c’est une petite rose. J’aimerais savoir combien coûte ta Moby Dick.

Kalou : 4 € le gramme.

Cathy : je suis co-infectée depuis 1983, militante depuis les années 80, actuellement bénévole à Bordeaux. Ex-grosse usagère d’héroïne, d’amphétamines et de substances de toxicomane. Aujourd’hui je continue à consommer de l’opium que je fais pousser de l’herbe dans mon jardin. Je fume tous les soirs. L’opium, j’en consomme à dose homéopathique, avant de venir dans des colloques, pour travailler, pour pouvoir être active. Mon médecin m’en prescrit mais ça me bousille le foie, parce que c’est coupé à la caféine et au paracétamol.

Marie-Hélène : mais quand tu dis « à dose homéopathique » … ?

Cathy : je pèse ce que je consomme, c’est-à-dire 0,2 mg et pas plus, et je n’en prends pas tous les jours. L’hiver une fois par semaine, l’été quasiment pas. C’est variable mais ça soulage les douleurs, le foie, et ça permet d’être active, sinon je reste enfermée à la maison et je ne sors plus.

Danièle : est-ce que tu dirais que ça te donne de l’appétit aussi ?

Cathy : non, enfin … peut-être un peu trop. (Brouhaha et rires)

Une femme : ah oui…lequel appétit ?

Danièle : de l’appétit sexuel ?

Cathy : avec mon mec on baise depuis de longues années, mais c’est pas lié au cannabis. Avec ou sans produit, avec le VIH, j’ai remarqué que chez les femmes il y a la perte du désir, beaucoup plus que chez les hommes.

Sarah : tu parles d’une consommation contrôlée que tu gères à peu près régulièrement, mais la question s’est-elle posée de se mettre en danger avec une consommation qui pourrait être excessive à un moment donné, et de s’exposer à une relation, par exemple que tu ne désirais pas, parce que tu n’as pas envie ou pour plein d’autres raisons ?

Cathy : j’ai 47 ans, je ne sors plus mais j’ai été confrontée il n’y a pas si longtemps que ça à la vie avec un alcoolique, à la violence conjugale et la surconsommation d’alcool, et surtout avec quelqu’un qui n’est pas séropo et qui a rencontré une femme tout simplement. C’est plus compliqué, quand on est séropo parce que ça entraine du stress.

Marie-Hélène : comment gérez- vous les produits avec vos traitements ? Vous les prenez en même temps ?

Cathy : je prends ma trithérapie, le matin, je n’ai qu’une prise par jour.

Marie-Hélène : d’accord, ça vous laisse tranquille ?

Cathy : oui.

Patricia : je viens de Perpignan, je vis avec le VIH depuis 11 ans, j’ai été contaminée dans le cadre de mon mariage. J’ai vécu 20 ans avec un homme bisexuel, j’étais au courant, on ne choisit quand on tombe amoureuse. En 1994, on a appris sa séropositivité et il m’a contaminée en 2002 lors d’un viol conjugal, et l’alcool était présent. J’ai vécu un mariage violent, une situation d’emprise et je m’en suis sortie, je me suis réapproprié ma vie quand j’ai su que j’étais séropo. Par rapport aux psychotropes, j’ai commencé très tôt. À l’âge de 11 ans, ma mère me trouvait trop grosse et elle m’emmenée chez un gentil pédiatre qui m’a prescrit quelque chose qui s’appelait du Fringanor®, qui était en fait des amphétamines pures. À 12 ans je n’étais pas bien dans ma peau, mon père venait de partir, il m’avait abandonnée, j’ai vite capté quel pouvait être l’effet de cette merveilleuse petite pilule. Au bout d’un mois, j’avais la pêche tout le temps et ma mère était ravie, elle a trafiqué avec le pharmacien qui lui donnait allègrement des boîtes de Fringanor®. J’étais en cinquième, j’ai commencé à sécher les cours parce que je ne tenais plus en place en classe, et à la fin de l’année, le Fringanor® m’a été interdit. Pendant toute l’année scolaire ça avait été le grand huit en permanence, et du jour au lendemain plus rien. Après, j’ai eu une période d’éther et en même temps j’ai recommencé à bouffer. J’ai été boulimique-vomisseuse de l’âge de 12 ans jusqu’à l’âge de 34 ans. Après l’éther, je me suis fait chopper très vite par mon prof de français, ça a été une bonne chose. J’ai découvert alors le shit, et maintenant je suis une fumeuse de cannabis. Depuis que j’ai 13 ans, j’ai fumé régulièrement jusqu’à ce que j’aie mon fils, à l’âge de 20 ans. J’ai alors arrêté de fumer le cannabis jusqu’à son adolescence quand il a commencé à partir un mois en vacances et que c’était pour moi la liberté. J’étais mariée et au fil des années mon mari s’est installé dans un problème d’alcool, il prenait sa trithérapie avec un litre de vin rouge. À la trithérapie, se sont vite ajoutés des antidépresseurs, ensuite il a été diagnostiqué bipolaire donc il a du avoir un régulateur d’humeur. À l’adolescence des enfants, on est retourné sur Perpignan, on a rencontré des gens qui fumaient, et là j’ai recommencé à fumer. Et j’en ai eu marre de m’obliger à boire des rosés pour que mon ex-mari en boive moins, et je lui ai dit « peut-être que ce serait plus sympa pour toi, et pour nous, que tu transfères ton besoin d’alcool sur le cannabis ». On dit que les gens qui fument, sont plus cool que ceux qui boivent. Il a commencé à fumer mais a continué à boire et j’ai continué à fumer, mais j’ai arrêté de boire. Maintenant je fume de l’herbe, parce que je me suis rendu compte qu’avec le shit j’avais de plus en plus de mal. Je suis toujours facteur mais ça fait deux ans que je suis en arrêt maladie, pas pour le VIH mais pour une maladie orpheline qui génère un déficit moteur, avec des douleurs neuropathiques diverses, parfois je ne peux pas marcher tellement j’ai mal. L’herbe m’aide à lutter contre les douleurs et m’a beaucoup aidée les dernières années de mon mariage quand ma généraliste voulait à tout prix me prescrire des antidépresseurs pour que je supporte mon mari, alors que je lui disais que ce n’était pas moi qui avait un problème mais mon mari… J’en ai pris 3 mois dans ma vie et quand j’ai vu que je ne ressentais plus rien, j’ai repris mon joint et je n’ai pas arrêté depuis. Maintenant je suis remariée, tout va bien et je continue à fumer. Le matin, je bois un café et je fume un pétard. Ça a commencé pour tenir le coup sur mon lieu de travail. Vous seriez ébahis de voir l’alcoolisme à la Poste. Il fallait déjà que j’ai un pétard parce que sinon je ne supportais ni les chefs, ni la couardise des collègues. Maintenant je ne travaille plus, mais je continue à fumer quand je suis chez moi. Ça calme les douleurs, et surtout au niveau de la libido… Je ne peux pas faire l’amour avec mon mari, et pourtant je suis très amoureuse et ça marche très bien avec lui, si je n’ai pas fumé. Je n’arrive pas à me détendre tout simplement, et je le relie directement au VIH. Je me souviens que les premiers temps quand j’ai su que j’étais séropo il n’y avait plus rien, j’avais fait une croix sur la sexualité, c’était fini, même si j’ai encore vécu 5 ans avec mon ex-mari. Mais je suis retombée amoureuse et je me suis vite rendu compte que sans beuh je ne pouvais rien faire. Mon mari fume aussi mais lui s’il en a pas, et heureusement (Rire), ça ne l’empêche pas de me désirer. Je ne suis pas du style à faire semblant donc s’il n’y a rien à fumer, il n’y a pas de sexe.

Sarah : mais ce n’est pas en lien avec la libido. Même si tu as envie de ton mari, tu seras tendue et ça te permet de te détendre.

Patricia : actuellement je ne suis pas sous traitement, j’ai la chance d’avoir un organisme qui lutte suffisamment, je suis indétectable. Mais curieusement je préfère être détectable, parce que le VIH je l’ai intégré, comme la violence de mon mari. J’ai arrêté mon traitement au bout de 8 mois en me disant que ma libido allait revenir, et elle est revenue. Par contre je me suis heurtée à la même chose, il n’y a que si j’ai fumé, léger, je ne peux pas faire l’amour sans ça. Je suis moins bien dans ma peau quand je ne fume pas, mais je suis bien moins fatiguée pourtant je ne fume que de la beuh, parce que le shit m’épuise physiquement. J’ai aussi sans arrêt des problèmes de gorge, je suis une grosse fumeuse depuis longtemps, donc je ne fume presque plus de clopes, juste ma beuh. Je pense que l’herbe pure c’est meilleur au niveau santé et j’essaye de trouver quelque chose de naturel, pas de la beuh-paca, parce qu’elle est trop forte. Je commence à en faire pousser et je ne vois pas pourquoi il serait meilleur pour la santé de se gaver de Prozac®, ou de Lexomil® plutôt que de fumer de la beuh que je fais pousser et sans produits chimiques. J’essaye de ne pas courir après 5 grammes alors si j’en achète pour 100 €, mais si je tombe sur un flic, il ne va jamais croire que c’est pour moi et je vais me retrouver en garde-à-vue.

Marie-Hélène : merci beaucoup pour votre témoignage.

Isabelle : je suis de Perpignan, je suis séropositive depuis 2006, j’ai deux enfants, je consomme de l’herbe pure, comme ma collègue et je bois quand même un peu le week-end, parce qu’on va dire que la vie est dure, c’est un peu mon compagnon. Mes deux filles ont 18 et 20 ans, et donc elles vaquent à leurs occupations le vendredi soir et le samedi soir, on se retrouve un peu seule.

Marie-Hélène : et quand vous dites un petit peu c’est….

Isabelle : un petit peu, ça veut dire que je peux quand même vider la bouteille de vin. Mais je ne me saoule jamais. Je suis partie de chez moi à 18 ans. Ma mère était infernale, je n’avais le droit de ne rien faire, je n’avais pas le droit de sortir, elle me coupait les cheveux courts, je n’avais pas le droit de les avoir longs, etc. J’ai eu une éducation terrible, donc je suis partie avec mon sac à dos et cinquante francs en poche. Arrivée à Paris, j’ai commencé à travailler dans la restauration, c’était à peu près tout ce que je pouvais faire, j’avais un niveau bac. Alors je n’ai côtoyé que des gens qui consommaient de l’alcool et automatiquement, j’ai commencé à boire un petit coup après le boulot.

Danièle : sinon on n’est pas accepté par les autres.

Isabelle : voilà. Je bois toujours un peu mais jamais jusqu’à rouler sous la table. Par contre, j’ai connu l’horreur, parce qu’en 2010, mon petit ami de l’époque, s’est pendu à cause de l’alcool, du Subutex®, et de ce que je lui ai dit ; Un jour je l’ai découvert en train de se shooter dans le jardin, et là je lui ai dit que ce n’était pas possible, j’avais déjà accepté l’alcool, alors qu’il m’avait promis qu’il ne buvait pas. Ensuite il est rentré chez moi, il n’a plus voulu en sortir et après la dépendance, il s’est laissé vivre et … mourir. Ce n’est pas beau parce que c’est ma fille de 18 ans qui a découvert le corps. Six mois plus tard elle a fait une rectocolite, et depuis ce n’est pas facile pour moi de gérer la maladie de ma fille, c’est de la violence.

Danièle : et vous travaillez encore ?

Isabelle : non je ne travaille plus car à un an d’intervalle je me suis cassé un poignet puis les deux, puis j’ai commençais à avoir mal aux jambes, je n’arrivais plus à marcher. Entre temps j’ai changé de médecin, les autres étaient totalement incompétents, et celle-là a bien voulu m’écouter, elle a été formidable, elle a vraiment cherché. J’avais effectivement une scoliose, une ostéopénie, et plus trad on a découvert que j’avais une artérite, j’ai 35 ans. Je me suis faite opérée il y a trois semaines, artère bouchée, j’ai maintenant deux stents. Maintenant j’ai aussi l’aorte abdominale bouchée mais je ne sais pas ce qu’ils vont en faire car je n’ai pas encore vu le chirurgien.

Sarah : est-ce que tu relies ta consommation à une douleur, ou à des périodes un peu plus compliquées ? Est-ce que tu la relies à ton histoire ? au VIH aujourd’hui ? Quand tu dis « le weekend, c’est mon compagnon », est-ce que c’est quelque chose qui t’aide à supporter au quotidien des douleurs ou une solitude ?

Isabelle : à la solitude, c’est la solitude.

Danièle : l’alcool, pas l’herbe.

Isabelle : l’alcool. L’herbe c’est quand je me sens un peu énervée, je mets un peu d’herbe dans ma pipe, ça m’apaise. J’essaye de ne pas boire tous les soirs, ça ne m’intéresse pas. J’aime boire mais je ne suis pas excessive donc ça va.

Danièle : il ne faudrait pas qu’on oublie quand même un principe de base, qui est que n’importe quel produit au début nous apporte du plaisir.

Isabelle : j’ai aussi ajouté un médicament à ma liste, un demi antidépresseur. Je n’ai jamais voulu en prendre d’antidépresseurs, mais il fallu pour arrêter de fumer des cigarettes. Je ne veux consommer que de l’herbe.

Danièle : dans cet atelier, je l’ai dit très vite, on ne va pas parler des addictions. Les addictions, c’est quand on appelle au secours. Aujourd’hui nous allons parler de notre rapport aux psychotropes : quels plaisirs, quels ennuis, quelles questions ça nous pose ? En partant du principe que c’est bien nous qui voyons la place que prend le produit dans notre vie, et qu’il y a celles qui ne consomment pas, celles qui consomment plus, et celles qui en ont un usage récréatif, dans la mesure où ils n’ont pas d’effets nocifs à long terme. Si dès le matin quand il n’y a pas d’alcool ou d’herbe dans la boîte c’est l’horreur, il faut se faire aider. On est dans un atelier de santé sexuelle, restons un peu sur la notion du plaisir.

Marie : j’habite à Perpignan aussi, j’ai été contaminée en 1999 par un garçon qui se savait séropositif, j’ai été contaminée avec un seul rapport non protégé, et je suis sous traitement, toujours la même quadrithérapie depuis 7 ans. Je n’ai pas les effets secondaires dont j’entends parler, à part la fatigue, je suis crevée. C’est horrible parce que demain, je ne sais pas dans quel état je vais être, péter la forme ou être fatiguée.

Kalou : ah oui la fatigue, je suis toujours fatiguée, c’est terrible.

Marie : au total on est toujours fatiguée. Je suis une grosse consommatrice de beuh aussi, de marijuana. J’ai fumé au début par plaisir, comme tout le monde, maintenant si je ne fume pas je suis complètement parano, je ne peux pas sortir de chez moi, j’ai peur, j’ai l’impression que le mot sida est écrit partout. Je n’accepte pas mon virus, ça fait 13 ans que je suis séropositive, et pendant 10 ans j’ai déprimée. Là ça va mieux. J’ai 4 enfants, ma dernière a 14 ans, et je veux être grand-mère et je veux vivre, mais il y a cette fatigue. C’est vrai que le produit illicite, aujourd’hui, c’est une obligation pour moi, ce n’est plus un plaisir. Je n’ai plus de libido depuis un an et j’ai quitté mon copain à cause de ça. Je l’aime, je suis hyper amoureuse de ce garçon mais je l’ai quitté parce qu’il a 7 ans de moins que moi, parce qu’il est jeune et séronégatif, pour qu’il vive sa vie avec quelqu’un qui n’est pas fatigué.

Moi c’est Capucine... ou Églantine, je ne sais plus. (Rires)

Sarah : Églantine.

Une femme : mais on peut changer. (Rires)

Une autre : comme tu veux.

Un autre : Marguerite.

Une autre : Jacinthe.

Églantine : je n’ai pas trop de problèmes avec la drogue ou l’alcool, de temps en temps je bois un verre de vin, par plaisir, à des occasions, à Noël parce que je n’ai pas le moral, juste de temps en temps. En ce moment je bois du vin biodynamique, c’est le dernier truc à la mode, c’est-à-dire qu’en plus d’être bio il n’y a aucun sulfite, aucun sulfate. Il paraît que c’est meilleur, j’ai essayé et je n’ai pas eu mal à la tête le lendemain. J’ai un rapport à la drogue qui est assez brûlant, parce que j’ai eu beaucoup d’amis qui sont morts à cause de ça, alors ça ne me donne pas trop envie d’en prendre c’est même le contraire, je fuis. Les gens qui en prennent c’est qu’ils sont obligés j’imagine. Par contre, il me semble que de prendre de l’herbe, sans tabac, ça brûle autant les poumons, je ne crois pas que ce soit moins dangereux.

Isabelle : c’est-à-dire que je pense que tu es plus addict à la cigarette que tu ne peux l’être à l’herbe.

Danièle : et puis il y a les additifs dans le tabac, qu’il n’y a pas dans l’herbe.

Nathalie : j’ai été contaminée en 1989, au deuxième rapport sexuel. J’ai commencé à toucher à l’alcool à 10 ans, j’ai bu pendant un an et demi à peu près tous les soirs, je me tirais par la fenêtre, ma mère ne me voyait pas, elle avait un restaurant. J’allais picoler chez les potes à la campagne, il aurait pu m’arriver pire, mais il ne m’est rien arrivé. Je suis partie à 14 ans avec un homme 6 ans plus âgé que moi qui aimait bien l’alcool et le cannabis mais ça ne m’a pas tentée à l’époque. Il y a vingt ans quand je l’ai quitté, j’ai découvert que j’étais séropo et là j’ai recommencé à boire, à fumer du cannabis, du shit, prendre de la coke. Je suis partie de Paris et arrivée à Marseille… Waouh c’était royal Marseille, (Rires) tout ce que tu veux, que du bon, c’était la bonne époque. Je suis tombée sur un mec qui adorait se défoncer. On s’est défoncé à deux, on a goûté le LSD, l’opium etc mais on ne s’est pas piqué et pas pris de crack. Je n’aime pas les antidépresseurs, les anxiolytiques, ça ne marche pas sur moi. Aujourd’hui je consomme tous les jours du cannabis, dès le matin, c’est un plaisir pour moi, c’est comme le café du matin. C’est plus qu’un rituel. S’il n’y a pas d’herbe dans ma boîte je ne peux pas sortir de mon lit, de ma maison, je ne mange pas, je ne fais rien, je ne suis plus moi, parce que c’est devenu une drogue. Je consomme de la coke occasionnellement et en bonne compagnie, et ça va je ne décolle pas trop. Quand on sniffe c’est chacun sa paille, on fait gaffe là-dessus, même si j’ai trois stents et que je ne devrais pas mais ça me plait vraiment. Ça me permet d’être un peu plus libre dans mon corps, avec mon nouveau compagnon qui aime aussi se défoncer évidemment, seule ce n’est pas drôle. Il aime aussi picoler mais moi maintenant avec les cachets si je bois un verre d’alcool par plaisir je suis démontée. Donc j’ai passé un contrat avec mon médecin, il m’a dit « quand tu te défonces, ne prends pas tes médicaments sinon tu vas tomber par terre, ça ne sert à rien ». Comme ce n’est pas toutes les semaines que je me fracasse avec l’alcool ou la coke, c’est une fois par mois, donc à ce moment-là je ne prends pas de trithérapie, et je me défonce tout le weekend, avec des amis, avec mon chéri, et là au moins je m’éclate au niveau cul. (Rires) On arrive à trouver du plaisir en s’éclatant que de temps en temps. C’est un accord entre lui et moi. Il connaît mon état de santé, il est séronégatif, gentil, intelligent. (Rires) Il voudrait bien baiser plus souvent mais je n’y arrive pas si je ne suis pas fracassée. Bon il y a le préservatif féminin qui lui a bien sauvé la vie. Merci Frisse ! Merci que je vous aime, de m’avoir montré ça. Merci aussi au Planning Familial, et à Michèle Savouillan, elle m’a montré comment l’utiliser sans l’anneau, comme les homos les utilisent. C’est le rêve, c’est le paradis. (Brouhaha)

Sarah : à chaque fois que je vais dans un endroit, on se rend compte que la pose sur le sexe de l’homme n’est jamais citée.

Nathalie : à l’époque Michèle Savouillan travaillait au Planning Familial et moi au Tipi. Je suis militante depuis 17 ans parce que si mon histoire peut servir ne serait-ce qu’à une seule personne, ça aidera ma vie, je ne me serai pas fait contaminée pour rien, je n’aurai pas fait tout ça pour rien. Michèle m’a montré comment m’éclater, et c’est vrai que ça change tout, la matière, la sensation. C’est enfin du plaisir pour les femmes et le mec n’est plus serré, il te sent mouiller, tu le sens éjaculer, c’est enfin du vrai plaisir, et maintenant grâce à Hirschel, on peut aussi baiser sans capote. (Rires)

Danièle : c’est aussi une addiction le sexe.

Nathalie : mais sans produit maintenant je n’y arrive plus.

Danièle : ce que je voulais souligner, parce que je trouve ça super et qu’il y en a peu, c’est le discours de réduction des risques de ton médecin. Il est parfaitement conscient que quand on prend un traitement et de l’alcool, le foie va traiter en premier l’alcool ! Donc le traitement sera moins efficace, et que du coup ce n’est peut-être pas la peine de surcharger le foie. Mais attention, quand il y a de l’alcool et de la cocaïne vous pouvez boire jusqu’au bout de la nuit. Si vous faites des lignes régulièrement, vous n’aurez jamais l’impression d’être saoule et c’est un grand danger. Beaucoup de médecins ne le disent, alors que c’est important.

Nathalie : il est bien, c’est de la vraie réduction des risques. Il n’y a pas longtemps, lors d’un rapport avec mon mari, j’ai eu un kyste qui a saigné. Je suis indétectable depuis plus de trois ans mais j’étais en panique. J’ai appelé mon médecin au secours, pour lui dire que comme nous n’avions pas utilisé la capote, je voulais qu’il ait la trithérapie d’urgence. Et bien malgré qu’il pensait que ce n’était pas nécessaire, il lui a donné le traitement pendant une semaine. Mon Chouchou lui n’a pas eu peur. C’est génial un mec à qui tu as fait vivre l’enfer et qui n’est pas inquiet.

Patricia : depuis le début mon infectiologue est au courant, moi aussi j’ai un super toubib. Et pareil avec mon mari, quand le préso a pèté, pour moi pas de traitements parce que non, mais pour lui, trithérapie. Il est facteur et il a eu des diarrhées pendant un mois. Il n’a pas flippé non plus, j’étais mal au bout de 15 jours, et je lui ai dit « mais si tu veux arrêter là je comprendrai ». Il y a deux choses auxquelles je relie le fait de ne pas pouvoir faire l’amour si je n’ai pas fumé. Je le relie au viol, forcément, et aussi pour me sentir détendue par rapport au VIH. Parce que cette rupture du préservatif m’a mis un stress terrible.

Églantine : mais quand tu dis « j’ai besoin de me sentir détendue pour faire l’amour » c’est un choix personnel ? Parce que tu associes la détente à l’amour ? Moi personnellement j’ai horreur d’être détendue quand je fais l’amour, j’aime bien être active…

Patricia : ah mais je suis très active aussi, hein ! (Rires)

Églantine : si tu associes le fait d’être détendue pour faire l’amour, ça veut dire que tu te prépare à l’avance pour faire l’amour. Ce que j’entends c’est que ce n’est déjà pas simple, ce n’est pas spontané, tu as besoin d’être dans un état psychologique particulier. J’entends que tu as besoin de plaire à quelqu’un, tu vois ? C’est presque une préparation pour le dieu vivant.

Une femme : que tu veux être relax.

Patricia : ça, comme tu dis, c’est ce que tu entends, toi. Car j’ai aussi dit que je commence à fumer dès 5h du matin, rapport ou pas, et que je fume depuis l’âge de 13 ans. Alors « détendue » ce n’est peut-être pas le mot, parce que je suis très active quand je fais l’amour, ça veut juste dire ne pas avoir des parasites dans la tête.

Églantine : mais tu n’es pas sensée être consciente pour affronter la vie telle qu’elle est ?

Patricia : je ne pense pas que tu puisses dire ça, d’abord tu ne me connais pas.

Églantine : non, mais je ne parle pas uniquement de toi. Je ne te connais pas, et je ne te connaîtrais pas plus dans deux jours. Tu comprends bien qu’on est là aussi pour avoir des avis contraires, enfin je suis là aussi pour donner mon avis et après tu en fais ce que tu veux.

Sarah : si je peux me permettre, ce n’est pas donner un avis sur la consommation.

Églantine : non ce n’est pas ça, ce n’est pas sur la consommation.

Patricia : enfin dans ce que tu dis, je sens du jugement. (Brouhaha)

Kalou : il faut être dans le non-jugement.

Sarah : non mais, elle le ressent comme ça ?

Églantine : ce n’est pas juger, parce que toi tu peux aussi juger ce que je dis. Être honnête, ce n’est pas juger.

Kalou : s’il vous plait, il ne faut surtout pas boire des jus de pamplemousse ou des tisanes ou des décoctions de chèvrefeuille, ça annule complètement les trithérapies. Le jus d’orange, c’est bon. Et quand on est deux séropositifs, il faut se protéger sinon on se surinfecte.

Sarah : Kalou, c’est quelque chose de l’ordre de la réduction des risques. L’objectif c’est vraiment d’utiliser les outils pour soi.

Une femme : on est tous différents, on est toutes différentes. D’accord ?

Kalou : d’accord.

Églantine : c’est assez embêtant si je ne peux pas dire ce que je pense. J’ai le droit moi aussi de m’exprimer même si tu n’es pas d’accord avec ce que je dis.

Patricia : oui mais c’est la manière dont tu pointes les choses qui ne va pas.

Églantine : enfin tu n’en es pas loin, tu es en train de me dire « tais toi », que je n’ai pas le droit de parole.

Patricia : non pas du tout.

Sarah : non, elle s’est sentie jugée sur sa consommation.

Églantine : je m’en fiche de sa consommation.

Marie-Hélène : on reçoit l’histoire de l’autre tel quel, sans porter de jugement, que l’on soit d’accord ou non avec elle.

Danièle : on n’a pas à être d’accord.

Marie-Hélène : est-ce que quelqu’un d’autre veut prendre la parole maintenant ?

Cathy : je suis de Toulouse, mon rapport à l’alcool, j’en prends de temps en temps, ce sont des moments festifs, pour me détendre un peu. Après c’est vrai que pour moi, l’alcool fait écho à la violence, parce que j’ai notamment grandi avec un oncle qui était alcoolique et violent. Alors autant quand je bois de l’alcool je n’y pense pas, autant dans les moments d’intimité, ne serait-ce que l’odeur de l’alcool pendant que je fais l’amour, c’est quelque chose qui me dérange beaucoup et qui me rappelle la violence. Par rapport aux produits illicites, j’ai une consommation de cannabis, surtout pour trouver le sommeil parce que j’ai des insomnies, ou quand je suis avec d’autres personnes, parce que j’ai vraiment du mal à fumer toute seule.

Marie-Hélène : et l’alcool c’est quelle quantité quand tu dis « un peu » ? C’est toute seule ?

Cathy : c’est festif, je connais à peu près mes limites.

Églantine : « festif » ou « convivial » ? C’est la même chose ou pas ? Si je peux me permettre.

Cathy : « festif » c’est un terme qui a été employé, c’est pourquoi je l’ai repris. C’est-à-dire en soirée ou dans un moment plus intime. Souvent j’ai du mal à boire de l’alcool en journée, je ne sais pas pourquoi je fais ce rapprochement de l’alcool avec la nuit.

Danièle : il y a une chose qui existe en France, c’est l’apéritif. (Rires) Quelle est la fonction sociale de l’apéritif ? À quoi ça sert ? Ça sert à réguler l’humeur de tout le monde. On arrive tous après des journées bien épouvantables, tout le monde boit, et ça y est, on est sensé pouvoir se retrouver en famille, c’est la fonction sociale de l’alcool : créer de la convivialité.

Sarah : vous savez que 91% des enfants de moins 15 ans ont déjà goûté de l’alcool. Ça veut dire que c’est plus acceptable de boire de l’alcool, c’est moins « mal vu » que d’autres produits. Et quand on est une femme et que l’on est usagère, le regard peut aussi être très différent.

Danièle : dans les groupes, dans les associations, cette question n’est jamais parlé, et pour les trans et les femmes lesbiennes aussi. Il y a des groupes de parole sur les traitements, sur la sexualité, la protection, etc. mais sur notre rapport aux produits, sur le fait que finalement on a le droit de ne pas aller bien par moment, et d’avoir nos petits trucs, de l’herbe ou autre, sans pour ça être une catastrophes ambulante. Si on en parle dans un groupe d’auto-support séropo, on devient la mauvaise. Parce que plus un groupe est stigmatisé plus il a du mal à parler des différentes facettes de sa vie. Pour les femmes séropos on va parler des traitements, du relooking, etc. mais là manière dont, comme tout un chacun dans la société, on peut et on a le droit de ne pas aller bien, et de trouver des trucs, on n’a peu d’espaces pour en parler.

Églantine : oui mais c’est bien aussi, comme vous disiez tout à l’heure, d’en avoir le contrôle il me semble. Parce que j’ai vu trop de gens ne pas l’avoir, parce qu’il y a toujours un bon copain ou une bonne copine pour te donner quelque chose quand tu vas mal, c’est bien, mais seulement après c’est trop tard, et là heureusement qu’il y a des gens pour te porter secours. Donc c’est bien aussi d’avoir quelqu’un qui te dit « allez rentre chez toi tu es fatiguée ». Je connais des gens qui utilisent des drogues ou de l’alcool et qui le vivent bien, ils gardent le contrôle.

Danièle : c’est notre cas.

Nathalie : ça va, tout va bien les filles. (Brouhaha)

Sarah : je reprends juste ce que vous disiez Nathalie « je m’éclate, je peux faire un week-end par mois, où je suis toujours bien accompagnée. » c’est les mots que vous avez dit je crois ?

Nathalie : oui je suis toujours bien accompagnée dans mes moments de défonce. Je n’ai pas envie de me défoncer seule, parce que tu rentres dans un trou noir et tu ne partages pas le plaisir de la drogue. C’est fait pour s’éclater, pour partager, pour se sentir bien dans sa peau. C’est comme l’apéro, c’est convivial. C’est pareil pour moi avec les copains, un petit trait et c’est reparti.

Cathy : depuis quelques années je suis sortie du pire, pour aller vers le meilleur, en espérant que le vieillissement avec le VIH soit le plus doux possible. (Rires) Je mange bio, je suis à la campagne, j’ai un jardin, je peux faire pousser des tomates, je ne sais pas faire pousser les plants de tabac.

Une femme : il paraît que c’est interdit.

Une femme : c’est interdit.

Danièle : c’est illégal.

Une femme : alors qu’on a le droit de fumer !

Cathy : bien merci. Ce que je voulais dire c’est que j’ai toujours assumé ma consommation de produits, mais pour l’alcool j’ai étais longtemps dans le déni.

Patricia : 48…

Sarah : ah oui c’est l’âge ! Je ne comprenais pas pourquoi vous mettiez dans vos notes un chiffre derrière le nom, je croyais que c’était le département.

Nathalie : c’est le nombre de pétards de la journée. (Rires)

Patricia : je voulais rebondir sur ce qu’a dit Cathy. J’ai vraiment la sensation de prendre soin de moi. Je fais très attention à ce que je mange, je mange bio, ce que je fais pousser. J’ai la chance d’avoir un mari qui a un petit bout de terrain et d’avoir un beau-père qui fait pousser des choses, bon pas de la ganja. (Rires) Mais dans ma démarche par rapport aux produits, ce qui a changé entre le fait de consommer et d’avoir du plaisir à fumer c’est que je suis vigilante sur la beuh que je vais acheter. J’achète celle qui aura poussé en pleine terre, qui n’aura pas été super boostée avec des produits, sous des lampes, etc. Je suis très vigilante, et pour en avoir parlé avec mon infectiologue, j’ai un toubib aussi bon que le tien, il est d’accord avec ça. J’ai toujours assumé, j’ai élevé mes trois enfants, j’ai entretenu mon mari pendant 20 ans, j’ai toujours travaillé, pas en ce moment à cause d’une pathologie, mais je suis en reconversion professionnelle, je suis aussi militante et j’ai quelques responsabilités. Je peux aller dans une réunion ARS, même si j’ai fumé un pétard ça ne va me mettre out. On est dans une société, séropo ou pas, et on doit tous tenir le coup, à moins d’avoir des vies hyper confortables, mais je ne connais pas beaucoup de monde qui soit là-dedans…

Danièle : et encore ils prennent des trucs parce qu’ils s’ennuient.

Marie-Hélène : justement Patricia, on va rebondir la dessus, on va lister les revendications qu’on aimerait porter demain.

Sarah : on a entendu vos histoires, qu’est-ce qu’on retire ?

Églantine : est-ce qu’il n’y a pas des gens qui ont envie d’arrêter ? Il n’y a pas des gens qui en souffrent ?

Marie-Hélène : est-ce que selon toi, par rapport à ta consommation…

Églantine : de quoi ?

Une femme : elle ne consomme pas.

Marie-Hélène : un petit peu de…

Églantine : non rien.

Marie-Hélène : si bio.

Danièle : bio dynamique.

Églantine : ah de vin ! Ah bien sûr je dis non, je prends du jus de raisin.

Marie-Hélène : et alors le bio dynamique ?!

Églantine : non, ça c’est pour Noël ou un anniversaire. C’est histoire de dire que j’ai bu un verre. Mais non, j’ai fait le pas d’arrêter pour ma santé.

Marie-Hélène : mais quand tu as arrêté, tu en étais arrivé où pour pouvoir arrêter ?

Danièle : tu arrêtes quoi ? Tu consommais quoi ?

Églantine : par exemple quand je suis allée au Kenya, là-bas j’étais à côté d’un camp, je ne dirai pas un camp de réfugiés, et il n’y avait rien, enfin si, il y en avait un peu. Je m’étais mis en tête de vivre comme les gens du pays donc je mangeais un plat de riz par jour, et quand des gens nous offraient une bière, on la buvait, même si c’est contre mes convictions. Parce qu’on se regardait et on se disait « nous on ne prend pas d’alcool, parce que les gens du pays ne boivent pas, mais au moins on aura quelque chose dans le ventre ». Donc j’associe ça, quand on a vraiment souffert de la faim… bon je l’ai fait volontairement j’avais de quoi me payer un beefsteak si je voulais, mais je l’ai fait pour vivre le pays, et quand on voit des enfants, des gens qui meurent de faim, qui n’ont rien à manger, ben après on voit la drogue et l’alcool d’un point de vue différent. On se dit que les gens ne sont pas conscients qu’ils gaspillent leur argent et leur santé. Je suis désolée, ce n’est pas un jugement mais c’est mon expérience.

Danièle : dans ce que j’ai entendu jusqu’à présent, il y a deux choses. Un, que les médecins nous donnent des petits week-end de plaisir de temps en temps, ce qui voudrait dire qu’ils acceptent d’entendre que c’est une soupape. Deux, qu’on n’oublie que l’herbe, comme la coke, et plein de produits, sont des stimulateurs de sensation, en termes de sexualité. Je ne sais pas si vous avez fait l’amour sous cocaïne, il n’y a rien de mieux. (Rires)

Une femme : tu es à fond, tu ne le lâches pas. (Brouhaha)

Danièle : je ne souhaite à aucune jeune fille de découvrir, d’avoir son premier rapport sexuel sous cocaïne parce qu’après ça va être la déception totale.

Nathalie : ah oui, après ça va être fade.

Danièle : et puis c’est très dur aussi parce que les hommes peuvent bander pendant des heures alors quand la jeune fille a eu son premier rapport sous coke et que le garçon l’était aussi, c’est très dur pour le garçon qui passe après. Il faut donc avoir dans la tête qu’il y a des gens pour qui, et dans le cadre du VIH ça devrait pouvoir être parlé, c’est un moyen de récupérer du plaisir sexuel s’il a disparu. Bon, on ne va pas se mettre à vendre de la coke ou du cannabis, mais si on avait seulement le droit à une cannabithérapie prescrite, ce serait quand même un geste fort.

Sarah : ça peut être une revendication ça, du coup.

Plusieurs femmes : oui

Cathy : on pourrait déjà commencer par la dépénalisation de l’usage de drogues, avant de parler de la légalisation.

Danièle : commencer par décriminaliser parce que le souci c’est que tu vas te faire arrêter avec.

Cathy : oui parce que sinon ça ne fait pas avancer les choses, bien au contraire, et ça nous tient dans une entière précarité.

Une femme : surtout que l’alcool est autorisé.

Patricia : il y a aussi autre chose dans le fait de dépénaliser. Je me suis retrouvée en tant que femme à rechercher du produit, de la beuh, du shit et être franchement exposée. J’ai 48 ans, je n’ai plus les mêmes réseaux que quand j’avais 20-25 ans et que c’était des potes. Quand tu commences à dépasser 35 ans, que tu as un métier, tu as une image sociale à préserver. Si tu te fais chopper avec de la beuh sur toi, moi en tant que fonctionnaire je perds mon boulot, je perds ma retraite, je suis révoquée de suite. Le deuxième truc c’est le danger, tu peux trouver des revendeurs sympas, mais tu peux en trouver d’autres avec qui tu n’es même pas sûre d’avoir un truc.

Sarah : l’exposition ce serait quoi ?

Patricia : déjà d’un point de vue judiciaire, pour 10 grammes de beuh sur toi tu peux te retrouver avec une vie détruite, tu peux perdre ton boulot, et te retrouver dans la précarité.

Danièle : et tu deviens une délinquante.

Patricia : et une exposition tout simplement physique aussi.

Sarah : la violence.

Patricia : et je dirais même plus, tu peux te retrouver exposée à la dépendance et à la violence physique d’un homme. Bon chez moi c’est le contraire, c’est moi qui allais chercher les produits mais je connais beaucoup de nanas qui restent avec un mec pour avoir le produit quel qu’il soit, et qui acceptent les violences et des tas d’autres choses. Je milite pour la cannabithérapie, mais là encore, c’est nous qui sommes stigmatisées, dans une société où soi-disant il n’y aurait que des gens malades qui seraient obligés de fumer. Ce n’est pas vrai et je n’ai pas envie, je suis une femme qui prend du plaisir en fumant. C’est vrai que ça m’aide dans ce que je vis mais si je n’étais pas séropo je m’éclaterai quand même en fumant.

Isabelle : l’alcool fait parfois plus de mal qu’un petit pétard mais malheureusement on n’a pas le droit de fumer.

Cathy : je suis avec un musicien, Strychnine que les plus anciennes doivent connaître.

Nathalie : ah ouais !!!!!

Sarah : je ne connais pas donc ça ne m’impressionne pas du tout. (Rires)

Cathy : il a une fille de 24 ans que je vais peut-être adopter. Elle a subi la toxicomanie de son père et de sa mère qui à cause d’une polyarthrite, de la morphine plus l’alcool, elle s’est pendue. C’est la gamine qui a retrouvé sa mère pendue. Elle est aujourd’hui maman, donc je vais me retrouver grand-mère de deux petits de 4 et 2 ans, elle consomme de l’alcool. C’est clair pour nous, on est tous dans l’illégalité et c’est bizarre, on ne fait rien de mal, sauf que nous on a eu la chance d’avoir de supers bons produits. Aujourd’hui je suis inquiète de voir les produits qu’elle consomme. Je lui dis de faire attention sur la coke car au Caarud on fait régulièrement du testing et on trouve de l’anthrax dans l’héroïne. Sifflements. Donc il y a des risques d’empoisonnement volontaires. Si l’usage est dépénalisé et légalisé, ça ferait comme en Hollande des coffee shops, des endroits contrôlés, des Caarud, de la vente de meilleure qualité. La cocaïne à l’état brut c’est un super produit, et ça évitera des mafias. Il y a un côté politique derrière, à qui on vend les armes ? Aux producteurs et aux dealers.

Nathalie : c’est ça la demande.

Marie-Hélène : mais il faut encadrer.

La précédente : oui encadrer, on ne peut pas laisser faire les choses comme ça, ce n’est pas possible.

Danièle : il faut qu’il y ait des produits de bonne qualité parce que la plupart des accidents c’est à cause des coupages. Il y n’y a pas assez de Caarud qui font du testing. Ça peut être une revendication. « Testing », c’est la première fois que je réentends le mot et c’est pour ça que je rebondis dessus, tester la qualité des produits c’est arrêter parce que l’Etat est gagnant sur les deux tableaux.

Marie-Hélène : tout à l’heure, Nathalie nous a parlé de la qualité d’écoute du médecin, qui permet un espace de parole, de pouvoir en parler.

Nathalie : oui la qualité d’écoute du soignant est très importante, pour les fenêtres thérapeutiques.

Sarah : alors qu’est-ce qu’il faudrait pour pouvoir parler des psychotropes avec son médecin ? Qu’est-ce qu’on pourrait mettre en place ? Est-ce que vous avez une idée ?

Églantine : on pourrait demander un livret par exemple. Qu’à partir de l’expérience de quelqu’un qui a pris certains produits, on puisse savoir quels effets ça fait comme ça on n’aurait pas besoin d’en prendre.

Une femme : il n’y a pas beaucoup de temps qu’on peut savoir ?

Églantine : parfois il y en a qui disent qu’ils ont vu des petits papillons voler, ou parfois certains nous racontent l’état de transe dans lequel on peut être. Je pense que pouvoir décrire l’état dans lequel on est, ça peut permettre de mettre des mots concrets, ne pas rester dans le vague, dans le flou, dans son plaisir égoïste, dans l’imaginaire, tout ça aide à la consommation et donne une image de rêve. Mais peut-être qu’avoir des mots précis sur la chose, il me semble que ça peut aider. Par rapport au VIH, il y a quelques années, on n’en parlait pas, c’était complètement tabou, et dans les associations j’ai eu la chance de rencontrer quelques homos qui parlaient franchement des choses, et petit à petit, ça s’est mis en place, et maintenant on parle de ça aussi facilement que le fait d’acheter une salade. Par rapport à la drogue, le tabou est encore énorme, et si les personnes qui consomment mettaient des mots clairs et simples sur ce qu’ils font, peut-être que ça les aiderait un peu à ne pas toujours être cachés.

Sarah : est-ce que toi, tu a une idée de comment on pourrait faire pour lever ce tabou ?

Églantine : je ne sais pas. J’ai posé une question comme ça, c’est ce qu’on est en train de le faire ici.

Marie-Hélène : mais une fois sorties…

Églantine : eh bien une fois sortie, je ne consomme pas, je suis contre, ça ne m’empêche pas d’être avec des gens qui consomment et de leur faire la morale du matin au soir, ils ne sont pas contents mais ils m’aiment bien quand même.

Une femme : tu bois un peu de temps en temps

Églantine : il y a quand même une hiérarchie et une quête du plaisir qui n’est quand même pas la même avec l’alcool, parce que pour aller se plonger dans un univers complètement imaginaire, il faut être prêt psychologiquement. Ce n’est pas à la portée de n’importe qui. Il faut être prêt psychologiquement à affronter ce milieu qui est très dur.

Patricia : mais l’alcool est beaucoup plus dangereux que l’herbe. (Brouhaha)

Isabelle : pour moi c’est la discussion, l’échange, le partage d’expériences. Par exemple, il y a des gens qui consomment et des gens qui ne consomment pas. Je n’ai jamais caché à mes enfants, ni que je bois, ni que je fume. Finalement l’autre jour, ma fille m’a traitée d’alcoolique, bon ce n’était pas très cool, parce que je sortais d’une opération et qu’elle était aussi stressée que moi. En attendant mes filles boivent un petit coup, comme tous les jeunes, mais elles ne fument pas du tout. Quand elle avait 17 ans elle m’a demandé de lui faire goûter. La dernière fois qu’elle m’a demandé de fumer c’était la veille de son bac, pour pouvoir s’endormir, parce que c’est ce que je fais aussi, pour dormir. Mais ça n’a pas marché et elle m’a dit qu’elle ne le ferait plus. Ça ne lui plait pas, ça ne lui convient pas. En attendant peut-être que si je lui avais interdit la drogue peut-être qu’elle serait allée la chercher. Ma mère me disait toujours qu’il ne fallait pas fumer alors que je ne fumais pas, et le jour où j’en ai eu marre que ma mère me dise ça, eh bien j’ai commencé à fumer.

Églantine : dans tous les grands débats, tu as la droite contre la gauche, les catholiques contre les bouddhistes, les gens qui lisent contre ceux qui vont au cinéma, il y a des débats pour tout, mais pas sur consommateurs/non consommateurs, ça ne se fait pas, mais ça peut très bien se faire, pourquoi ?

Danièle : le problème c’est que tu oublies que tu fais partie de la majorité bien pensante, et nous pas. Toi tu penses le bien, selon les normes, la bonne santé etc.

Églantine : non mais je fais des trucs pires.

Danièle : mais par rapport aux produits, toi tu ne consommes pas. Pour nous c’est vraiment quelque chose qui est tabou, qu’on a du mal à aborder sans être jugées par les médecins.

Une femme : c’est bien un joint.

Sarah : le plaisir c’est subjectif. Toi, tu prendras plaisir à quelque chose alors que moi ce sera à autre chose, avec toutes les représentations qu’on peut avoir des effets.

Églantine : mais il ne faut pas confondre les plaisirs qu’on a enfant, c’est-à-dire des choses qui sont propres à l’individu, et les choses qui sont acquises par l’environnement social dans lequel on vit qui sont peut-être contraires à ce qu’on aurait pu vivre aussi.

Plusieurs femmes après un silence : alors là je n’ai pas compris. (Rires)

Marie-Hélène : par rapport à la santé sexuelle, par rapport à votre médecin, à votre gynécologue, y-a-t-il des choses auxquelles vous pensez et qu’on peut faire remonter ?

Danièle : déjà que les gynécologues apprennent à dire que les psychotropes, l’alcool et les médicaments, dont les antibiotiques, assèchent les muqueuses. Ils n’en parlent jamais, donc après on se prend la tête quand le préservatif pète et qu’on a mal comme des pauvres filles.

Une femme : mais parfois, ils ne le savent même pas eux même.

Sarah : ils n’écoutent pas aussi.

Patricia : j’aimerais qu’il y ait un vrai travail de fonds, un débat public, sur les représentations qu’a la société sur les consommateurs ou les usagers de produits psychotropes, et un véritable état des lieux de la consommation en France, que ce soit des neuroleptiques, de l’alcool, du cannabis, etc. Je ne vais pas présumer de cet état des lieux, mais on a tendance à dire, comme ce que disait Églantine, qu’être consommatrice c’est « être dans l’imaginaire », mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que la majorité des gens qui consomment des produits sont des gens actifs dans la société, qu’ils travaillent. Il faudrait arriver à décriminaliser et dépénaliser les gens qui consomment parce qu’on les stigmatise. Ma mère par exemple, à 71 ans elle est addicte aux jeux. On a tous plus ou moins une addiction, mais ce n’est pas antinomique avec un rôle social. Il n’y a que deux ans que je suis inactive, je ne suis pas dans l’imaginaire, je suis même dans le réel. J’ai bossé 15 ans à la Poste comme facteur, 6 jours sur 7, debout à 4h du matin. J’ai toujours assuré dans mon boulot, j’ai travaillé aussi dans l’éducation, et évidemment que je ne tenais pas un discours pro-usage de produits, mais n’empêche. Et je ne suis pas la seule, je connais énormément de gens qui assument familialement aussi. Tous les gens qui consomment des produits ne sont pas en marge de la société ou dans l’imaginaire. Il faut qu’on arrête de stigmatiser les gens qui consomment.

Danièle : alors qu’ils consomment pour 98% sur prescription médicale, chercher l’erreur.

Une femme : à quoi il tourne Hollande ? Sarko on s’en doute, mais Hollande ? (Rires)

Danièle : aux Chamallow. (Rires)

Sarah : au Flamby.

Une femme : mais c’est aussi une addiction.

Marie-Hélène : dans les revendications, nous demandons donc, un état des lieux-débats sur les consommations. Qui consomme, et quoi ?

Patricia : et qu’on puisse avoir accès à des produits naturels autres que des neuroleptiques que les médecins ne sont jamais avares de nous prescrire, comme le Prozac®, le Lexomil®, et que pour les femmes séropositives on prenne en compte, par exemple pour les neuropathies, non seulement je ne peux pas me lever, mais je ne peux pas faire mon ménage, mon repassage, je ne peux pas sortir de chez moi.

Nathalie : tu parles, je ne peux même pas sortir du lit. Je reste en pyjama, je ne me lave même pas. (Brouhaha)

Églantine : peut-être aussi un suivi pour les gens qui sont dans la détresse parce qu’ils ont trop consommé, parce qu’il faudrait peut-être un peu s’en occuper aussi.

Une femme : mais, c’est fait, on a tout ce qu’il faut, et ce n’est pas le sujet ici.

Églantine : mais il y en a qui meurent tous les jours parce qu’ils sont seuls.

Danièle : oui mais pas d’une overdose.

Églantine : ben si.

Danièle : ben non.

Une autre : même en sniffant, on peut faire une overdose de cocaïne.

Danièle : mais bien sûr.

Une femme : oui mais pas dans une chambre d’hôpital.

Celle avant Danièle : ils ont fait du défibrillateur à mon mari pendant 20 minutes, et ils ne l’ont pas sauvé.

Églantine : quand tu auras 90 ans et que tu auras besoin de fumer ton shit, je sais pas comment tu vas faire.

Une femme : 90 ans c’est super bien déjà.

Danièle : j’espère bien, il me reste moins de 30 ans pour que ce soit légal. (Brouhaha et rires)

Une femme : je vais m’acheter une pipe moi aussi comme ça je fumerai la pipe, je ne vais pas en faire qu’à mon ami. (Rires)

Marie-Hélène : autour de la qualité de vie, qualité du confort sexuel, vous vouliez dire autre chose ?

Nathalie : appétit sexuel, mais aussi les douleurs, ça agit sur plusieurs paramètres et cette prise en compte n’est pas tellement entendue. C’est-à-dire qu’on vit avec des douleurs physiques, avec un manque d’appétit à cause des traitements qui nous fatiguent, et le cannabis donne vraiment de l’appétit, déstresse et fait dormir. Les médecins doivent en tenir compte. En Amérique ils sont hyper puritains et pourtant ils donnent du cannabis thérapeutique à leur malade. Je ne veux pas une molécule de cannabis, attention !

Cathy : on est le seul pays en Europe, il faut le savoir.

Nathalie : mais oui, on est en retard. Il faut faire remonter à hollande que les nanas séropos aussi en consomment, on sait de quoi on parle et pourquoi on le vit. Il y a le plaisir mais il y a aussi son efficacité thérapeutique.

Sarah : on ne peut pas faire semblant, faire comme si ça n’existait pas. La réduction des risques a permis ça. Il faut aussi laisser un espace de parole.

Nathalie : mais c’est la première fois que dans un colloque on nous donne la parole sur ce sujet.

Marie-Hélène : est-ce qu’on a tout noté avant de nous quitter ? Nous avons aussi des problèmes cardio alors qu’on est encore assez jeunes, est-ce que ça ne serait pas l’occasion de demander…

Danièle : oui, il y a tous ces problèmes qu’on arrive à calmer en fumant de l’herbe. On avait un gastro à Lyon qui se mouillait, qui était capable de faire des certificats attestant qu’on avait besoin de cannabis, que ce n’était pas pour le vendre mais parce qu’on était malade, que ça nous donnait de l’appétit, etc. J’aimerais qu’il y en ait beaucoup plus.

Une femme : à Toulouse il y en a un.

Nathalie : marquons-le dans nos revendications, que les médecins prennent position à nos côtés, et assument. Qu’est-ce qu’ils préfèrent, nous prescrire de la Lamaline® ou du cannabis thérapeutique ? (Brouhaha)

Églantine : au niveau juridique, ils n’ont pas le droit.

Nathalie : mais on avance ou pas ?

Danièle : si on n’avait pas eu de médecins qui avaient fait des avortements alors que c’était interdit, on en serait où ?

Nathalie : on serait où ?! On aurait dix frères et sœurs chacun. Hirschel, ça fait deux ans qu’il a publié, et ça fait deux ans qu’on essaye de convaincre nos médecins. Tu as entendu tout à l’heure, le médecin a dit « probablement » parce qu’ils sont obligés d’accepter l’étude de Hirschel. Tu comprends ça vient de la Suisse et pas de la France.

Marie-Hélène : vous êtes d’accord pour faire remonter nos revendications même si elles sont à l’opposé de ce que vous pensez ?

Églantine : ah mais je suis à l’opposé du soleil c’est tout, je ne suis à l’opposé de personne.

Marie-Hélène : j’ai entendu parler tout à l’heure d’un protocole qui s’est fait dans le 92 qui consiste a diminué les doses de traitements pour ne plus avoir à le prendre 7 jours sur 7. Il n’y a pas de revendications par rapport à la recherche ?

Danièle : ce sont les recherches sur les fenêtres thérapeutiques qui ont été nommées tout à l’heure.

Nathalie : ça s’appelle comme ça, ce ne sont plus des études, ça existe.

Danièle : pour moi, c’est une semaine tous les trois mois.

Nathalie : voilà, c’est à peu près. J’ai dis à mon médecin que mes amis n’étaient pas tous au courant que j’étais séropositive et que quand j’allais en week-end chez eux je ne prenais pas mes cachets. Il m’a répondu « ben tu vois, tu les fais tes week-end thérapeutiques. Tu as envie de boire un verre ? Prends ton verre et ne prends pas tes cachets. Tu as envie de te prendre un rail de coke ? Prends ton rail de coke, et reprend ton traitement le lendemain ». Je suis observante et ma charge est toujours indétectable, j’ai toujours 1300 T4.

Une femme : pas moi.

Nathalie : si tu veux je te les offre.

Danièle : une transfusion.

Une femme : peut-être pas tous, mais les partager.

Nathalie : allez les 300 je te les donne, et moi il m’en reste 1000.

Sarah : merci beaucoup en tout cas.

Marie-Hélène : on va se quitter, et je vous souhaite une bonne soirée.